|
|
|
|||||||||
La paroisse est sous l'Ancien Régime à la fois unité religieuse et unité administrative ; sauf en Velay où le "mandement" est la cellule de base de l'organisation judiciaire et fiscale distincte de la paroisse (elle pouvait n'en recouvrir qu'une partie ou à l'inverse porter sur plusieurs paroisses.
C'est par le biais des sacrements de baptème et de mariage et par les enterrements que l'on retrouve trace de nos ancêtres. Les registres sur lesquels les actes les concernant étaient enregistrés sont pour l'époque des documents administratifs.
Ce sont les limites des paroisses qui délimitent le cadre de vie de nos ancêtres. Car dans ces limites s'imbriquent parfois de façon complexe les limites des seigneuries.
Et c'est à l'intérieur de ces paroisses que les habitants ont une représentation "communale" par le biais de leurs élus, en principe libre des attaches religieuses et seigneuriales.
==> place de la paroisse dans l'organisation territoriale de la France : généralité / sénéchaussée (baillages principaux qui ont eux-mêmes des baillages secondaires (*))/ paroisses.
==> l'organisation de la paroisse elle-même
consuls / collecteurs / AG des habitants / conseil paroissial, puis conseil communal à partir de la Révolution, en trois
étapes : de 1789 à 1795
/ de 1795 à 1800
/ de 1800 à nos jours.
![]()
Les seigneuries locales sont les cellules territoriales essentielles de la vie collective, celles " dans lesquelles les villageois se reconnaissaient" (2). Leur étude demande beaucoup d'attention et de recherches, car les documents anciens sur de modestes bourgs sont souvent rares et parcellaires ; les territoires concernés sont incroyablement morcelés et s'imbriquent à la façon d'un puzzle, " comme en marquetterie ou mosaïque de plusieurs pièces rapportées" (3).
En effet, les terres concernées sont parfois fort éloignées les unes des autres et leur vente ou leur transmission par le biais d'héritages ou de mariages ne simplifient pas leur connaissance, sans compter la disparition des documents ou leur classement dans des lieux ecclectiques.
Elle remonte "au "domaine" ou "villa" de l'époque carolingienne qui se composait
d'une cour ("cora" ou "chancel"), propriété close par une enceinte où sont disposés la demeure du maître et les bâtiments d'exploitation,
d'une réserve ("contamine") [représentant] les terres exploitées en faire-valoir direct par le maître,
de manses ("mas"), qui sont des unités d'exploitation données en faire-valoir indirect à des tenanciers [qui doivent] un cens en nature en contrepartie de la jouissance de la terre" (4)
On en trouve trace encore au XIIIe siècle. Ainsi, dans le Puy-de-Dôme près de Saint-Martin-d'Ollières, cela se retrouve encore dans certains actes cités par A. Chassaing dans "Spicilegium Brivatense" et dans le cartulaire de Sauxillanges (5) . le 18 juin 1220, Hugues, seigneur d'Auzon rend hommage à Robert d'Auvergne, évêque de Clermont, pour la villa de Vergongheon , située sur la voie publique et cinq manses dans la villa de Sainte Florine . 1122, Hugues, surnommé Dalmas, seigneur des environs de Sainte Florine, donne à Dieu et au monastère Saint-Pierre Saint-Paul de Sauxillanges tout ce qu'il possède dans la villa de Vesedo (Vézézoux). Dans le même article, p. 191, il est dit qu'au IVe siècle le futur évêque de Tours, Grégoire, passait à Charbonnier les Mines sur les terres de la villa de Severac pour se rendre en pélerinage à Brioude , au tombeau de Saint Julien. |
La féodalité commence à s'épanouir à partir de Charlemagne, sous le règne duquel " de vastes juridictions administratives [s'établissent] progressivement. Les comtes [sont] à la tête de vastes régions, suzerains des viguiers dénommés plus tard vicomtes, lesquels [ont] pour vassaux les centeniers car leur juridiction [s'étendent] sur cent familles". (6)
"A mesure qu'approche la fin du Xème siècle, le climat d'insécurité augmente ; usurpations de terres d'Eglise, mais également guerres privées sont une réalité" dit Bruno PHILIP en parlant de la situation dans les montagnes orientales et le Brivadois (7). Et il ajoute : " (...). Si la position de l'Eglise est précaire durant ces décennies marquées par l'installation de la châtellenie indépendante, celle des paysans l'est encore bien plus". (8)
"En Basse Auvergne, Gabriel FOURNIER estime que la multiplication des châteaux se fait hors de tout contrôle comtal, mis à part sur les terres faisant partie de leur patrimoine" (9)
Mais le pays se peuple, et cette organisation se complique lorsque, pour soumettre un seigneur voisin moins puissant ou s'assurer du soutien de ce dernier en cas de nécessité, un seigneur important découpe dans son domaine des fiefs qu'il attribue en contrepartie d'un serment de fidélité et de soumission. (10)
A propos de cette « répartition de tâches », Henri POURRAT (11) la précise joliment lorsqu'il écrit à propos de Châteauneuf-du-Drac et de la chaîne faite par les corvéables pour construire le château :
"Mais ces corvéables n'avaient-ils pas le sentiment de travailler à leur propre sécurité ? Sinon, contre eux, qu'aurait pu le seigneur ? Il n'avait pas toujours les moyens d'entretenir beaucoup d'hommes habillés de fer. Au demeurant, il avait grand besoin des paysans ne souhaitait guère de se mêler du faire-valoir . Les paysans font pousser le pain de tous, et lui, il a à assurer leur sécurité. Chacun son métier, les vaches seront bien gardées. Qu'y avait-il en ces châteaux de rude, haute et chantante allure ? des setiers de froment vieux et nouveau, quelques setiers de fèves, quelques quartiers de porc salé, quelques muids de vin, quelques livres de sel, de cire, de suif. Exemple, lorsque les gens du roi prennent possession pour le roi de Tournoël et de Nonette, en 1213, ils n'y trouvent que cela. Ajoutez-y trois douzaines, à peu près, d'arbalètes d'if ou de corne à arc, des flèches, des chapeaux de fer, des haubergeons. Aussi deux ou trois tarières, une serpe, quatre haches..." |
Ainsi, le rôle imparti à la noblesse est précis : protéger militairement la paysannerie ; mais la tranquillité relative qui s'installe le rétrécit petit à petit (12), et les grands seigneurs préfèrent aller vivre en ville ou auprès du roi plutôt que de continuer à être présents sur leurs terres.
C'est ainsi que la situation se complique encore davantage, car ils confient alors leurs intérêts à des "châtelains" pour la protection militaire de leur patrimoine rural et la sauvegarde de leurs droits (notamment rendre la justice à leurs sujets).
Peu à peu ces châtelains obtiennent de posséder leur charge à titre héréditaire, et même de la posséder en fief : d'officiers et de juges, ils s'érigent en seigneurs.
Lorque, à leur tour, ils seront désireux de vivre ailleurs, ils feront eux aussi appel à des châtelains ; mais ces derniers ne seront plus que des "fonctionnaire[s] salarié[s] du seigneur, le représentant en permanence avec tout pouvoir dans la châtellenie". (13)
Henri III juge utile de remettre de l'ordre et de préciser la hiérarchie nobiliaire. En effet, l'ordonnance du 17 août 1575 (14) stipule :
- un marquisat se compose de 3 baronnies et 3 châtellenies, ou 2 " " et 6 " " ;
- un comté comprend 2 baronnies et 3 châtellenies, ou 1 " " et 6 " " ;
- une baronnie doit avoir 3 châtellenies pour le moins unies ensemble et tenues du Roi ;
- une châtellenie est une terre qui doit avoir d'ancienneté haute justice, droit
de foire, marché, prévôté et péage, avec prééminence dans toutes les églises
au-dedans.
Ceci explique qu'une même personne puisse être seigneur de X, baron de Y, marquis de Z, le tout dans
des lieux géographiques fort différents. C'est le cas de Jacques de Montboissier-Beaufort, en 1540,
qui est "chevalier, comte d'Alès, marquis de Canillac, vicomte de La Mothe, seigneur et baron de Montboissier,
de Pont du Château, d'Aubusson, Boissonnelle, des Martres, de Monton et Coren, d'Aurouse près la Brequeulhe
et Auterive" (15)
Mais une châtellenie peut être elle-même suzeraine à son
tour d'une ou plusieurs seigneuries.
- une seigneurie
C'est un ensemble de biens et de droits sur un espace qui correspond en gros à une paroisse, à une notable fraction de celle-ci ou au minimum à un ou deux gros villages. (16)
C'est un "fief", c'est-à-dire un domaine concédé par un seigneur à son
vassal, à charge
de certains services (17)
Ce vassal peut être "chevalier", titre
qui à l'origine était donné à un
seigneur féodal possédant un fief suffisamment important pour assurer l'armement à cheval ou
simple "écuyer", premier grade dans les titres de noblesse et originellement gentilhomme au service
d'un chevalier.
Toutefois, un roturier peut également posséder un fief, qu'il a acquis par achat. (Ex. le fief de Passage, vendu à Jean SEGUIN).
Dans le Grand Dictionnaire de la Langue française de Jean GIRODET, la définition du mot "fief" est la suivante :
"dans le système de féodalité, terre concédée par un seigneur médiéval à son vassal en échange de certains services, notamment du service militaire. Le système du fief dérivé de celui de bénéfice de l'époque carolingienne devint universel en Europe au XIe ; dès le XIII' siècle, il tendit à devenir fictif, la possession réelle de la terre et de ses redevances étant remplacées dans les pays riches en monnaie par le paiement d'une rente. Toutefois, la cérémonie de la concession (hommage) continuait d'être en usage et les titres nobiliaires attachés aux fiefs ne furent abolis qu'à la Révolution française." |
Quant à la féodalité, elle y est ainsi définie :
"Dans le système féodal, toute terre relevait d'une autre terre, et tout homme d'un autre homme. Le roi resté nominalement à la tête de la société concédait en fief une partie de ses domaines ou leurs revenus à des seigneurs qui devenaient ses vassaux et dont il était le suzerain. Le possesseur d'un fief pouvait à son tour inféoder une partie de ses terres à des arrières-vassaux et ainsi de suite" |
![]()
Voici une définition du droit de bourgeoisie (18)
Le titre de bourgeois, i.e. habitant le bourg, n'est pas donné à tous les hommes de l'intérieur de la franchise. Pour porter le titre de bourgeois, il faut acquitter un droit annuel de bourgeoisie, ou "franche censive" qui s'élève, selon les conditions à 3 sous, 2 sous ou 18 deniers. (19)
Le bourgeois jouit d'avantages juridiques : il peut changer de seigneur, dispose de ses biens ; d'avantages économiques : il est dispensé de taxes de péages.
La condition sine qua non est d'être de 'franche condition', c'est-à-dire être propriétaire de ses biens.
D'où vient cette 'franche condition' ?
Généralement, lorsqu'un seigneur était à cours d'argent, octroyer ce droit contre monnaie sonnante et trébuchante était un bon moyen de remplir ses caisses. Voir en exemple la charte de Belfort.
![]()
L'harmonisation du pays se développe ne serait-ce que par le service militaire obligatoire qui participe au développement du français face aux langues régionales ou aux patois, à l'harmonisation des poids...
L'Etat-civil devient plus rigoureux, les recensements bien plus complets et réguliers...
Les paroisses cèdent la place aux communes.
Notre monde d'aujourd'hui se forge peu à peu.
![]()
1 - source de l'explication sur les baillages :
Répertoire des cahiers de doléances
pour les Etats Généraux de 1789 dans la sénéchaussée de Riom et de Clermont par P.F. Fournier, Archives départementales
du Puy-de-Dôme, 1944
sources concernant les seigneuries :
3 - in GERMAIN, René, citation extraite de C. COQUILLE "Histoire du pays et Duché du Nivernais" Paris 1612
4 - in GERMAIN, René - op. cité - fasc. II
5 - in Almanach de Brioude , 1996 "Sainte Florine, vierge et martyre" par P. CUBIZOLLES, p. 157 à 197
6 - in OLEON, Jean - op. cité - p. 22 et p. 39
7 - in PHILIP, Bruno- op. cité - p. 77
9 - d° - p. 105 (sa source : "Peuplement", G. FOURNIER, p. 384-387)
10 - in GERMAIN, René - op. cité - fasc. IV
11 - in Histoire des gens dans les montagens du centre, p. 224
12 - in BONNAUD, Pierre - op. cité - p. 243
13 - in OLEON, Jean - op. cité -
14 - in "Les études juridiques en Franche-Comté sus l'Ancien Régime" - op. cité -
15 - in CHABROL - op. cité - p. 274
16 - in CHARBONNIER, Pierre - op. cité - p. 353
17 - par opposition aux fiefs, les alleux étaient des biens non inféodés possédés par des propriétaires (source : GERMAIN, René - op. cité)
A propos de la bourgeoisie
18 - extrait de "La seigneurie, cadre de la vie quotidienne du Ve au XVe", René Germain, CRDP - 1979 Clermont-Ferrand p. V-2
Bibliographie citée :
. SEE (H.) - Louis XI et les villes, Paris 1891
. MEGE (F) - Revue d'Auvergne 1897-1898
19 - pour comprendre la composition de la monnaie à l'époque médiévale, voir la page "L'expression du cours, du poids et du titre des monnaies médiévales", dossier pédagogique de la Bibliothèque nationale de France
... à propos
du site ...
|