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L'âme sereine, heureuse d'être là alors que je me promenais en vélo dans les allées rectilignes d'une forêt franc-comtoise profonde, je savourais le droit de pouvoir bagnenauder au gré de ma fantaisie. Une ligne droite prise un coup à droite, un coup à gauche, une autre fois en diagonale gauche, puis une allée à droite et encore à droite puis une diagnolale droite... j 'eus soudain l'impression de m'être perdue. Car à errer sans chercher à prendre en considération le chemin fait pour savoir lequel prendre, il y avait bien là de quoi se perdre corps et bien pour une étourdie de ma sorte. Une spécialiste de l'égarement en quelque sorte ! Pas de panique ! il était encore tôt dans l'après midi et j'apercevais au loin un panneau indicateur. De quoi être rassurée. Et une vingtaine de coups de pédale plus loin, je pouvais lire le nom indiqué :
Quez a quo ? jamais entendu prononcé ce nom par des autochtones pourtant toujours si fiers d'instruire un horsain ignorant des lieux de la contrée. Mais encore ? j'observe et vois mon environnement et... moi de face, les yeux tout ébahis. Et le soleil qui m'aveugle, alors qu'il est dans mon dos. Ca alors ! quelle décision prendre ? Allez, je fonce droit sur moi... et mes yeux s'arrondissent encore plus d'étonnement si faire se peut. Car la distance perdure entre moi et moi et peu à peu d'arbres en petites maisons villageoises, de petites maisons villageoises en villas d'entre-deux-guerres, j'arrive dans un entrelac indescriptible d'immeubles de toutes hauteurs, de toutes formes, de toutes couleurs. Tous se reflétant avec ensemble dans ce qui semble un miroir mou dans lequel on vivrait. Et quoique je fasse, je suis là, face à face avec moi-même et ma bicyclette. Et qui que je croise, je suis obligée de voir à la fois la personne et son double. Une fois revenue de ma surprise, je cherche à approfondir mon expérience, à trouver les limites de ce monde fantastique dans lequel je ne sais par quel miracle j'ai pu pénétrer. Tiens, un bistrot et son double ! Les émotions donnent soif. Je pénètre dans le premier, me vois bien sûr poser adroitement mon vélo et interpeller le serveur en m'adressant autant que faire se peut à celui de droite. Un 'diabolo menthe' s'il vous plait ... diabolo , voilà un nom de circonstance ;-)). J'entends mon autre moi-même qui répète ma demande. Les deux serveurs me servent un seul diabolo. Ouf ! au moins quand je vais payer, je ne paierai effectivement qu'une fois. C'est rassurant ! Du coup, sitôt bu je me lève et toujours avec mon double parallèle je fais une autre expérience : j'entre dans le double du bistrot que je viens de quitter. Hum... le second diabolo me pèse un peu sur l'estomac, comme l'inquiétude qui s'immice peu à peu dans mon cerveau. En observant les gens et leurs doubles, je constate que leur regard est bizarre, on dirait qu'ils regardent dans un au-delà permanent et quand je les interroge, ils ne m'entendent pas. Je reprends mon vélo et m'efforce de trouver une issue. Quand enfin je retrouve ma forêt franc-comtoise, et après vérification qu'il n'y a pas reflet du paysage, je pose pied à terre pour reprendre souffle. J'aperçois alors à travers les branches de l'eau qui miroite. Je m'approche et me dit pour me taquiner moi-même : "tiens, si je regardais mon double". Drôle d'idée au sens d'idée pas drôle du tout : à peine inclinée sur le lac, je me sens attirée irrésistiblement par l'eau qui m'aspire doucement mais irrémédiablement. Quelques jours plus tard, une armée de volontaires lancés à ma recherche trouva mon vélo soigneusement posé. Mais mon corps point. |
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