ART de VIVRE
Chaque été, je rejoignais le cabanon de mon ami.
Césure annuelle, vrai "vacance" au singulier, cette coupure participait à mon équilibre.
Le petit train s'arrêtait quelques instants et la gare de Cassis était le second point fort, le départ de la
réalité.
Le premier, le tout premier point du démarrage de cet intermède commençait lorsque nous 'survolions' les calanques
en frôlant le précipice : falaises crayeuses, bâteaux blancs, mer bleu ondulante un ciel
léger et transparent tout aussi bleu me tendaient alors les bras.
Notre petit coin caché au milieu de ces à-pics sauvages était là à portée de main.
Ainsi filaient les jours d'été remplis d'art de vivre : petit-déjeuner au bord de l'eau,
plongées, pastis et
bons repas, sieste bien méritée au creux d'une grotte, caresses des vagues, dîner du soir à la
bougie où le
monde devient ce que l'on souhaite qu'il soit.
Loin de toute sonnerie de téléphone ou de fax, de tonneaux de mails, de raclage de cerveau pour rédiger
des textes dans l'urgence, de recherches sur le Net comme une fourmi esclave pour justifier des réponses
idiotes à des questions débiles, d'une efficacité permanente, de travaux demandés demain à finir
hier, de la foule du métro et de la cohue dans les rues... Comme tout cela me paraissait alors futile et
vain, comme si ce n'était pas ma drogue favorite le reste de l'année !
Notre solitude n'était jamais complètement silencieuse : le clapotis des vagues, le vent dans les pins, nos fous
rires répercutés par l'écho, nos bavardages, le cri d'une chouette
Un cabanon tout simple sans fioriture inutile, juste l'essentiel mais un essentiel qui bien que rustique n'en
avait pas moins été choisi avec goût, devenant ainsi un cadre idyllique.
Quant à l'ami, le frère, l'alter égo, mon autre moi, Montaigne ne disait-il pas : "Si
on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer, qu'en répondant : "parce
que c'était
lui, parce que c'était moi"". Celui avec qui on peut tout partager, que ce soit joies,
chagrins, questionnements, mal être. Nos retrouvailles annuelles faisaient que nos journées étaient toutes
remplies de bavardages futiles, de discussions sérieuses, de silences complices.
Que demander de plus
? N'est-ce pas cela l'art de vivre ?