|
PIXIS
-
|
atelier
du 31 janvier 2006
l'inventaire
Le mot chose ouvre de multiples portes, vers le concret ou vers
l'abstrait, le réel ou l'imaginaire. Il peut évoquer des objets, des évènements, de paroles,
et même des gens. Il m'est arrivé une chose incroyable, il lui a dit des choses désagréables,
T'as pas quelque chose à manger ? Machin chose. Mais on passe souvent son temps à parler
des mêmes choses, nos phrases retournent souvent aux mêmes lieux de parole, des lieux communs. Partir
de choses inhabituelles, apparemment futiles peut permettre de rencontrer des situations de langage inédites,
et d'appréhender des contenus nouveaux par le biais du frivole, de l'inutile, de l'insignifiant, de l'accessoire.
Pour
explorer cette piste, nous allons suivre les traces de Sei Shonagon. Elle était dame d'honneur d'une princesse à la
cour de l'empereur du Japon, il y a plus de mille ans. On l'a comparée à Montaigne. Elle a rédigé des écrits
intimes, intitulés " Notes de chevet ". C'est une manière non linéaire de
raconter. Dans son livre, hormis quelques histoires il n'y a que des listes, des inventaires (lectures de quelques
inventaires) et la table des matières est un inventaire d'inventaires (Lecture de la liste).
Chacune d'entre
vous va tirer au sort un petit papier avec une catégorie de choses inscrite dessus. Écrivez votre
propre inventaire de ces choses, en laissant venir souvenirs précis, énumérations, inventions.
Puis chacun d'entre nous peut imaginer d'autres inventaires : l'inventaire du contenu du tiroir de la table
de chevet ou du sac à main, d'ailleurs utilisé par les sociologues pour établir des typologies
d'être
humains (usagers des transports en commun par exemple). Ça peut être des inventaires plus abstraits,
l'inventaire de ses faiblesses ou de ses petits plaisirs comme on l'a déjà fait, celui des lieux ou
on a dormi aussi : Faites votre propre inventaire de choses, d'inventaires et choisissez-en un que vous allez
détailler par le menu.
Etant absente, j'ai fait l'inventaire de mes lieux de vie hors atelier. En voici le texte
| Paris est une histoire de famille depuis quatre générations. Je suis parisienne : née
dans le 16 e j'ai passé mon
enfance dans le 8 e . Et ma vie professionnelle s'est déroulée dans le 15 e , puis à la Défense, à nouveau
dans le 15 e , puis à Montreuil.
J'adore cette compression de villages aux âmes éclectiques
et attachantes. Point d'attache auquel toujours il faut venir respirer l'air comme un plongeur refait surface.
J'ai
connu la beauté du Quercy et son foie gras, l'assent trompeur pour qui n'entendait jusque là que le "pointu".
J'aime pour la vie la Provence et son art de vivre. J'y ai fait mes études. J'y finirai peut-être ma
vie.
La douceur tourangelle fut une découverte en épousant une seconde famille. J'ai été initiée au charme
du Cotentin, de son herbe verte et de son soleil entre deux averses par une âme du pays, tracassée
de mon manque d'amour pour cet attachant pays.
Suis devenue accro à la Franche-Comté, là-haut près de la frontière
Suisse, à la gentillesse de ses habitants et au ski de fond. L'Auvergne verte aux rondeurs trompeuses est l'histoire d'un ancêtre et d'une adaptation
inachevée.
Je
n'ai fait que passer au Danemark, en Suède, en Allemagne, en Angleterre, en Egypte, en Grèce,
J'ai
traversé l'Atlantique pour découvrir Philadelphie et New-York.
J'ai à peine creusé l'Espagne, le
Vietnam et la Chine.
Je rêve de l'Ile de Pâques et de l'Australie. L'Amérique du Sud me fait
rêver.
Et
quand l'heure viendra, pour l'ultime refuge, le premier lieu de mort, j'irai voir peut-être de plus près
les étoiles ou savourer les racines des pissenlits ou encore me réincarner dans un extra-terrestre,
qui sait ? En tout cas, chose certaine, celui-là demeurera LA surprise. |

MAJ
jeudi 11 mai, 2006
|