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| stylo encre | Mon père l'avait soigneusement conservé. C'était celui de son propre père et il semblait me restituer un peu de la présence de mon grand-père |
| buvard | Lorsque j'étais petite, j'étais toujours très fière d'inaugurer un nouveau buvard publicitaire. J'en avais perdu jusqu'à l'idée lorsqu'au détour d'un parcours sinueux sur le web, je parvins sur un site où des centaines de buvards me sautaient au visage, à la mémoire... |
| canne à pêche | L'homme pêchait avec toute l'application et le sérieux nécessaire à cette tâche. On aurait dit que toute son énergie passait par sa canne à pêche. Que toute son intelligence y était concentrée pour mieux prendre les malheureux poissons qui passaient par là |
| casserole | Il était une casserole toute humble, toute discrète au milieu des autres joliment colorées. Son aluminium aurait dû être tristement gris, ternâtre, peu engageant... Au lieu de cela, il brillait de tous ses feux, astiqué par des mains énergiques et volontaires. 'Hors de chez moi la tristesse, boutez hors de ma cuisine' devait penser sa propriétaire ! |
| fume-cigarette | Je n'avais jamais vu fumer ma mère. Je n'imaginais même pas qu'elle ait pu le faire ! Jusqu'au jour où je découvris un fume-cigarette qu'elle m'annonça tranquillement être le sien... Comme quoi les parents ont une vie avant nous, que l'on ignore complètement |
| poële | Il ronronnait fort au plus creux de l'hiver. C'est lui qui assurait notre confort dans la salle à manger. Nous n'y pensions pas, trop sûrs de son efficacité. |
| gobelet | Il paraît si froissé, à jeter quoi ! Tromperie jolie que voilà ! en fait, il s'agit d'un gobelet en porcelaine, blanche qui traduit la réalité d'une mort annoncée pour son frère en carton ! |
| armoire | Ah ! que j'aimais quand ma grand-mère ouvrait l'armoire de sa chambre. L'occasion était peu fréquente, presque cérémonielle. |
Puis nous eûmes à choisir entre différents objets hétéroclytes
pour en retenir un sur lequel nous aurons ensuite à plancher de deux façons différentes :
==> 1. en racontant son histoire
==> 2. en inventant une histoire le concernant.
Pour ce qui me concerne, ce fut un modeste marron.
Voici son histoire. Quant à l'histoire imaginée complète, elle s'appelle "Sutol,
le marron extra-terrestre"
Parmi les objets hétéroclites apportés par Corinne, il faut choisir. Le monde entier se cotoie là : une mamouchka russe, un cheval suédois, un policier anglais. L'art est hors du temps : vase contemporain, tétraède arabe, plumier en aluminium des années 1950. Et parmi quelques fruits, il est un marron tout marron. Un modeste fruit à la forme informe, ni rond, ni plat, ni rectangulaire qui me tapa dans l'oeil sans que je sache pourquoi. Sa brillance - ou plus exactement sa patine - permet toutefois de dire qu'il s'est longuement réfugié au fond d'une poche (*) où des doigts discrets venaient le malaxer pour se rassurer. Comme un porte bonheur, un talisman. Voire après réflexion comme un anti-rhumatismes. En tout cas ces doigts-là aimaient l'y retrouver année après année. Une fidélité sans faille. Sont-ce ces doigts-là qui l'ont ramassé au creux d'un chemin montagnard ? oui, bien sûr. Leur propriétaire promenait tranquillement son chien en cette belle et lointaine journée frisquette de fin d'automne. Trop frileuse pour sortir, sa femme l'avait nanti d'un sac pour ramasser les marrons dont ils se régaleraient une fois grillés. Et s'il avait été suffisamment efficace, elle lui ferait une merveilleuse purée de marron dont elle avait le secret. Mais alors, pourquoi ce marron ici, pourquoi a t'il échappé au sort de ses collègues ? Sans doute le hasard d'un geste inconscient qui l'a jeté dans la poche au lieu du sac. Et c'est là que Corinne, de longues années après, le récupéra après le décès de son grand-père. Elle le conserva alors sans même y réfléchir, comme un souvenir de Grand Pé, la transmission d'une sagesse, d'une époque heureuse. Et lorsque ses yeux se portent dessus, elle pense à ces chemins aujourd'hui abandonnés au milieu des châtaigneraies aveyronnaises de ses vacances enfantines, aux feuilles si joliment dentellées. Elle se souvient des mains de sa grand-mère losrqu'il fallait déboguer le fruit. Elle imagine les hommes nombreux qui venaient d'au-delà des frontières pour ramasser les fruits et faire en sorte que leurs cueillettes participent grandement à la vitalité économique du pays. Elle observe amusée que sur ce marron là, la partie blanche est presque aussi marron que le reste du fruit. Résultat de sa vieillesse ? traduction d'une maladie ? Allez savoir... Décidemment, ces quelques grammes de chair farineuse m'auront fait vagabonder l'esprit ! |
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