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atelier du 18 avril 2006, thème : la vie imaginaire

 

Quelques écrivains ont raconté des vies imaginaires sous forme de biographies plus ou moins vraies. Corinne nous cite Marcel Schwob (elle nous donne en exemple les inciput de ses histoires de vie, leur conclusion et les titres mis extraits de son livre les vies imaginaires) et après lui Milion et Arthaud.

Elle nous propose de faire un ou des portraits en commençant par écrire le début, puis la fin et ensuite seulement le corps en trois tableaux. Puis de lui donner un titre.

Digne cheminot

Humble ouvrier pour la construction du chemin de fer la "Compagnie du Grand Central" comme on disait alors, il gagna durement sa vie pour lui et les siens. Lorsqu'arriva sa "retraite", sa rente était très modeste, mais sa façon d'être, son maintien, ses habits le faisait passer pour un petit bourgeois.

Ce n'était pas par goût de l'esbrouffe, ni pour vexer ses anciens camarades. Non. C'était inné. Spontanément, il impressionnait par sa stature et la sagesse de ses paroles. Ce qu'il disait était presque toujours aussitôt adopté. Cela lui fut utile lors des grandes grèves de 1850 et des années suivantes pour mobiliser ses compatriotes et participer à son niveau à la création en 1864 du droit de grève. Cela lui fut utile aussi lorsqu'il passa chef de groupe, même s'il s'agissait seulement de gérer l'activité de ses six compagnons de travail.

Depuis qu'il avait cessé son travail, il aimait enfiler des vêtements propres chaque jour. Son paletot était consciencieusement brossé et son chapeau à la Bruant qu'Aristide n'aurait pas renié maintenait son regard dans l'ombre. Cela le rendait plus difficile à aborder. Non pas qu'il n'aimait pas la compagnie, mais être interpellé de loin lui paraissait comme une agression physique.

S'il était grandement aimé dans son petit village landais natal où il s'est retiré après une vie d'errance au fil des voies ferrées, certains toutefois le jugeait "fier" et le bruit circulait qu'il avait toujours un Louis d'or dans sa poche. Ce qui était bien sûr abracadabra, mais comment lutter contre les faux bruits ? L'intox internautien n'est pas né d'Internet, il est né avec l'homme à l'aube de l'humanité.

Son passe-temps favori consiste à suivre doucement le tracé des voies ferrées, fier qu'il est d'avoir participé activement à leur pose. Schrnouf, schrnouf font ses pas crissant sur les pierres. Un toc s'intercalle avant deux autres schrnouf, schrnouf. C'est sa canne qui rythme ses pas. Perdu dans ses pensées, il ne fait pas attention à d'autres crissements et passa de vie à trépas sans s'en rendre compte,un couteau planté sous son omoplate à la hauteur du coeur.

Son agresseur, étranger au village, a cru ses compagnons de beuverie et leur histoire de pièce d'or. Pauvre Etienne. Pour lui qui fut pacifiste convancu (il fut parmi les lecteurs inaugurateurs du premier journal anarchiste, L'Anarchie) et qui l'a payé de quelques années de bagne, c'était une mort vraiment indigne.

Quelques introductions & conclusions :

Anatole était cocher et fier de l'être. Haut perché sur son siège, sûr de la robustsse de son bon cheval, il attendait son premier client.
Le fiacre était vide. Pas de client, pas de cocher. Le cheval marchait au pas, en boîtant. Comme un zombie, il tournait à droite, à gauche, allait tout droit par pur hasard. Et tout à coup, il tomba raide.

Lorsqu'Henriette naquit, la sage-femme la mit dans une boîte à chaussures au milieu du coton. Grande prématurée, sa vie tenait à un fil.
A quatre vingt dix huit ans, elle avait perdu un peu la tête depuis quelques jours. Au fond de son lit, elle se mit doucement à réciter toutes les poésies de sa petite enfance, puis à chanter toutes les chansons qu'elle avait aimées. Et à la dernière mesure connue, elle s'éteignit doucement.

Grand échallat du Cantal, son métier de frotteur de parquet le maintenait au sol. Mais au moins sa taille avait un avantage : il oeuvrait plus vite que les autres grâce à la longueur de ses bras. Jean-Baptiste le Cantaloux, aimait son travail qui lui permettait d'aller dans des lieux où il n'aurait jamais pu aller sans cela.
L'appartement était silencieux. Les frotteurs étaient partis. Une longue ombre était allongée sur le sol, immobile, son patin à la main. Au même moment, l'ombre traversait le mur de sa maison d'enfance à Chabrespine.

 


MAJ mercredi 19 avril, 2006

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