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| Un enfant joueur Un ballon chahuteur Crissements de frein |
Mer de terre brune Epouvantail balloté L'automne est fini |
Reflets fanés D'un visage inconnu Fantôme d'hier |
Lettre à Dora
Missive écrite après avoir choisi le tableau de Dora Maar "Les années vous guettent", portrait de Nusch Éluard peint en 1934 avec la surimpression d'une toile d'araignée,
(Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Dora_Maar
http://atelierdecrits.canalblog.com/archives/2009/12/08/16071511.html)
Ma Chère Dora
Je reconnais bien là ta patte d'artiste devant ce portrait que je viens de recevoir. Je suis touchée de cet envoi et de la marque d'affection qu'il traduit. Qu'il est beau !
Ton amie Nusch est vraiment très belle et tes talents de photographe et d'artiste sont patents. Il me semble que ce portrait est l'aboutissement de tout ton apprentissage avec ton cher Maître et que dorénavant tu vas voler très haut de tes propres ailes.
Cette image est le parfait symbole du temps qui passe et de la fragilité de la beauté. Tu l'as parfaitement traduit. Ce visage si éclatant de vie, si parfait et que le regard énigmatique souligne encore. Et l'araignée elle-même n'est – à mon sens – que la traduction de ta ténacité, de ton talent d'artiste et de ta patience à construire ta vie comme tu l'entends. Trois vertus typiquement arachnéennes que tu as su diaboliquement mettre en valeur sur l'esthétisme de ton amie.
Je suis toujours époustouflée devant la richesse des idées des créateurs et de leur capacité à les exprimer. Cela me fascine et je les envie. Et je suis très, très fière de toi.
Inutile que je te dise que je vais faire encadrer cette photo. Elle restera sur ce que tu appelles ma ‘commode-souvenirs' dans le salon, tu sais la petite commode style empire dans le salon qui me vient de mon arrière-grand-oncle, et sur laquelle je pose tout ce qui m'est le plus cher. Je t'entends d'ici te moquer de moi et penser "cela va être dur de lui trouver de la place".
Tu râles sous le prétexte que je ne t'écris jamais, mais faut-il écrire pour faire savoir que l'on aime alors qu'il n'ait pas un instant où je ne pense à toi, et à tes bras d'enfant qui me serrait si fort après le drame qui a coûté la vie à tes parents. Mais après tout, oui, peut-être as-tu raison, on ne dit jamais assez je t'aime à ceux que l'on chérit. Alors sache que je t'aime, toi ma fille adoptive.
Mais sache aussi que l'amour que tu portes à ta mère adoptée m'a donné une précieuse force pour faire face à la vieillesse. Je ne te dirai jamais assez de mercis pour cette adoption de la part.
Et comme tu m'as gentiment intimée l'ordre de te donner de mes vraies nouvelles (j'ai adoré le soulignement), je crois qu'il faudrait que tu appliques sur mon visage une toile d'araignée bien plus serrée que celle que tu as mis devant celui de Nusch. Car si je ne me sens absolument pas vieille dame ma tête, mon corps hélas commence à m'interpeller et le fond de teint à appliquer a de plus en plus de mal à cacher les sillons du temps.
Te voici donc informée et tu n'auras pas de choc en me voyant à l'aéroport.
Bien sûr, je poursuis mes ateliers d'écriture. Tu sais combien j'aime cela ; j'apprécie ainsi l'occasion qui m'est donné d'oublier le physique pour me consacrer à ‘mon essence' si je puis dire.
Sais-tu qu'il est amusant de penser qu'au moment où tu m'adressais cette photo je veanis justement de faire un texte sur la vieillesse ainsi qu'un haïku. Comme je sais que cela va t'amuser, je te les mets en pièces jointes.
J'attends impatiemment ta venue prochaine depuis ta chère Croatie et les longs moments de bavardages et de promenades que nous allons partager.
Baisers tendres à ma fille chérie.
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