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thème : l'étrange

 

Trois étapes aujourd'hui :

1 - des textes courts où nous traitons de nos états d'être ou en tant que témoin d'états d'être. Sans oublier d'utiliser nos sens.
Brigitte nous cite en exemple deux haïkus de Natsume Soseki
==> une maison - perce dans le silence - le secret de la neige
==> dans la froideur du matin - mes os sont vivants. Je reste immobile
Et de Henri (Michonnier ?) : On se tait. Le temps est loin. l'immobile remue en nous

2 - Nous rajoutons d'autres éclaboussures.
En choisir trois pour faire des images folles, ou écrire un texte minuscule sur un mot (ex : jar-din) ou décrire un fait divers à la mode de félix fenéon (1861-1944)
Ou encore faire un poème à la limerick
Voir quelques exemples de sa façon de faire ici

3 - Approfondir l'un des textes réalisé en 2 (si..., comment, pourquoi...)
pour l'amener vers l'étrange, l'irréel... voir le policier


1 - Textes d'après mes premières éclaboussures

Regards tournés vers le ciel glacé, les enfants cherchent à voir le Père Noël.
Cris de joie dans le silence ouaté.

Au pied du sapin nu, sur l'eau glacée de la mare étincelle la lune.

Dans le brouillard gris, le bonhomme de neige se recroqueville.

Au bout de la longue route m'attendent mes enfants.

Tant d'années sans te serrer dans mes bras.

Vous étiez quatre, suspendus à nos lèvres. Un difficile rébus à vous déchiffrer.
Nos fronts se plissent... Mais qu'avez-vous fait ? Pleurs d'émotion. Cadeau d'amour, cadeau merveilleux.

Père Noël appelle : Ouh ouh... je suis passé ! Ouh ouh...
Dans un fracas de cavalcade et de voix, la porte s'ouvre à la volée.
La troupe d'enfants stoppe net dans un même élan.
Silence subit. Magie d'un instant.
Puis cris d'excitation. Chacun se précipite vers le monceau de cadeaux.

2 -l'étrange

Des heures à mijoter son plat, l'hôtesse en était toute rouge. A l'heure du rôt, fière comme d'Artaban, elle souleva le couvercle.
Devant ses invités sidérés le cuisseau de chevreuil pris son envol.
L'hôtesse en devint toute blanche.

Mot « voyage »
Elle voit son âge. Son âge la voit. Ils partent ensemble en voyage.

L'auteur connu Pierre Sel d'Occitan était en panne d'écriture. Un peu de copie/colle et il se crut tiré d'affaire.
Las. Il fallut l'amputer de sa main droite, une colle inconnue ayant fixé à jamais ses doigts sur le stylo.
Il réclame des dommages et intérêts à son donateur involontaire.

Je vais poster ma lettre, dit-elle.
Son mari n'y prêta guère attention.
Elle trottina jusqu'à la boîte aux lettres. S'y glissa en faisant tomber l'enveloppe sur le trottoir.
Et revint six mois plus tard, plate comme une limande, mais chargée de la réponse.

3 - Approfondir l'un des textes

Je vais poster mon courrier, dit-elle.
Son mari n'y prêta guère attention.
Elle trottina jusqu'à la boîte aux lettres. S'y glissa en faisant tomber l'enveloppe sur le trottoir.

C'est bien sombre là-dedans se dit-elle.
Très vite elle se sentit étrange.
… Le bruit. C'est le bruit ! Un mélange de papier froissé, de voix aux langues ecclectiques.
… L'odeur. C'est l'odeur ! Un mélange de colles, de salives, de parfums divers.
Elle se sentit caressée, froissée, renversée, blackboulée, chavirée.

Elle revint à elle grâce au coup de tampon automatique reçu sur la tête et prêta alors attention à ce qui se passait autour d'elle.
Comme s'est intéressant se dit-elle. Moi qui n'est jamais été plus loin que la Bastille, me voici en route pour Brasilia. Ah ! Quel beau rêve suis-je en train de faire. Comme j'ai bien fait de prendre mes comprimés pour dormir.

Elle faillit mourir asphyxiée par les tonnes d'enveloppes qui lui tombaient dessus et s'appliqua à bien faire sa nage papillon pour rester plus ou moins au sommet du tas.
Bien lui en pris. Cela lui permit de respirer l'air glacé du petit matin sur le tarmac de Roissy et d'entrevoir l'oiseau-avion qui allait l'emmenée à l'autre bout du monde. Une dernière goulée d'air parisien avant le grand saut dans l'inconnu.

Le vol se passa sans histoire. Elle dormit, ce qui lui évita d'avoir faim.
Un capharnaüm de bruits la tira du sommeil. Comme il fait chaud ! J'ai soif ! Grand soif ! Tiens.. c'est drôle, je comprends la langue des oiseaux qui me promettent la pluie bienfaisante quotidienne.

Oh là là ! Mais il est fou ce conducteur ! Il brûle les feux, double sur la voie de droite, chante à tue-tête des couacs à rendre sourd n'importe quel bien-entendant.
Tiens... il me verse dans un train. Son Tchouf-tchouf me rappelle mon enfance, du temps où les locomotives avaient leur langage.
Oh non ! Pas encore l'avion ! Il est tout moche et tout branlant ! Je risque de ne pas arriver à bon port.
Ah, enfin ! Me voici dans une glissière pneumatique. Que c'est confortable ! Une caresse sans fin dans un suintement délicat dû à la vitesse.

Au bout de cette course, notre amie secoua sa crinière rebelle pour y remettre un peu d'ordre, lissa sa robe malmenée et se regonfla un peu pour retrouver forme humaine... et se retrouva nez à nez avec le destinataire de sa lettre.
Juan ? Dit-elle ahurie. Tu es à Paris ?
Anita ? Tu es à Brasilia ?

Et les voici partis bras dessus bras dessous à la pizzeria la plus proche.
Six mois. Cela dura six mois. Il faut dire que le frère et la soeur ne s'étaient pas vu depuis leur adolescence et que la soixantaine passée ils avaient donc bien et bien des choses à se raconter.

Pendant ce temps, inquiet de ne pas voir sa femme revenue à la tombée du jour, Jacques fit le tour du quartier. Aperçu l'enveloppe par terre. Il reconnu et l'écriture de sa femme et l'adresse de son beau-frère.
De plus en plus angoissé, il se rendit au commissariat du quartier.
Qui promit une enquête.
Qui ne fut pas faite.

Jacques, fataliste, attendit. Attendit.
Six mois passèrent.
Et un jour... et un jour... Elle revint, déposée par le facteur dans la boîte à lettres de l'immeuble. Plate comme une limande... euh pardon, comme une enveloppe mais chargée de la réponse.

Ses premières paroles furent : « Je me sens bizarre, j'ai l'impression d'être partie depuis des mois ! ».
Son mari sourit, heureux de son retour. Et ne dit rien. Tant il savait sa femme un peu 'bizarre'.

 


MAJ vendredi 28 janvier, 2011

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