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Malgré son inquiétude, l'ami Wolfgang me prête son voilier. J'attends ce voyage comme une re-naissance. Laisser derrière moi les masques sombres et grimaçants de gens sans esprit ni cour, quelle délivrance ! Une fois partie, mes journées sont bien occupées. Pas le temps de m'ennuyer ni penser à ce que j'avais laissé derrière moi. La Méditerranée est un bonheur dégusté au jour le jour, la Mer Rouge me brûle la peau et l'Océan Indien me régale de douceurs. Longue escale aux Maldives, puis aux Iles Seychelles ; une île après l'autre, chaque chose en son temps. Et après un bref séjour aux Comores je fais la halte promise sur l'Ile de Sainte Marie aux lagons turquoise, ancien pays refuge des pirates. A Ambodifohara très précisément. Un pays heureux, aux légendes joyeuses est à portée de voile. Là, je dois rejoindre comme promis des amis à lui à qui je dois apporter foie gras et saucissons. Cargaison précieusement conservée dans mon frigo de bord, gentiment fidèle, et raison pour laquelle ils m'attendaient avec plaisir m'avait dit Wolf. Quelques heures avant d'arriver, une brève mais violente tempête me tort le ventre d'angoisse physique et métaphysique. Je suis comme plongée dans un outre ciel , véritable kaléidoscope fou aux couleurs apocalyptiques soulignées si faire se peut par le hourvari dantesque du vent et des vagues aux accents symphoniques. J'ai peur pour ma vie et en même temps trouve que cette mort serait poétique. Je sais la côte proche et crains de rater l'île, si petite. Aucune lumière depuis la côte ne pourrait percer ce ciel ténébreux. Mais plus que les fantômes des forbans qui ont peuplés cette terre, je m'inquiète des baleines à bosse nombreuses dans les parages et sans doute tout aussi désorientées que moi. Enfin, l'outrance des éléments se fait moins exacerbée, de quoi entr'apercevoir un phare bienvenu dont le rayon sauveur est béni ! Allons, il est temps de retrouver le monde humain, les amis de mon ami et la douceur d'un accueil chaleureux. Après l'inquiétude du premier contact, le récit animé des dernières frasques de la société européenne en alternance avec celui tout aussi animé mais nettement plus sympathique de la vie sur cette île, vient le temps du badinage. Nous semblons tous les trois avoir grand faim de bavardage. Ils en oublient ce que je leur ai apporté ! Ce n'est qu'une fois les étoiles épuisées de nous faire des clins d'oil que nous pensons aux bras alléchants de Morphée. Mais celle-ci est de sortie sans doute, car le sommeil me fuit. Qu'à cela ne tienne. Je prends un crayon et un papier pour y jeter mes impressions fortes emmagasinées depuis mon départ et qui se sont terminées en apothéose avec le coup de tabac de ce matin. Je ne manque pas de matière et vais ainsi pouvoir éteindre ma soif inextinguible d'écriture. Enfin, j'allais pouvoir tresser des mots. En hôtes parfaits, mes nouveaux amis ne veulent me laisser partir qu'après m'avoir fait visiter toute l'île, et elle le mérite. Je peux ainsi découvrir les drongas, caresser un lémurien et admirer les orchidées flamboyantes . Ils sont des guides parfaits pour la visite du cimetière des forbans et s'assurent que j'ai le repos voulu pour mettre à jour tous mes souvenirs sur mon carnet. Il est l'heure de repartir. Un petit coup de blues au moment de se dire au revoir et me voici en route pour rejoindre un vieil ami, passionné par l'Ile Maurice qu'il n'a plus su quitter depuis ses vingt ans soixante- huitards. Cela fait bien dix ans que je ne l'ai pas vu. Nous nous attendons impatiemment ! |
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