qui suis-je ?...la petite curieuse

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un méli-mélo qui se mord la queue...


1 - plaisir des mots en eux-mêmes

2 - les mots dans l'art

(calligraphie, sculpture, peinture,
photographie, muséographie...)

pour ceux qui ne peuvent ni lire ni écrire

 

1 - Les mots en eux-mêmes

Car le mot, qu'on le sache, est un être vivant.
La main du songeur vibre et tremble en l'écrivant.

Victor Hugo, Les contemplations (1)

 

Jouer avec les mots, c'est écrire.

Le plaisir d'écrire c'est non seulement la construction de phrases, leur sens pour atteindre un but recherché, mais surtout c'est l'amusement que procure le jonglage des mots. Quelle délectation ce jeu (sérieux) apporte !

Ce plaisir a commencé très tôt avec les rédactions scolaires ! C'était une 're-naissance' des histoires qui foissonnaient dans ma tête de petite fille solitaire, une reconnaissance de leurs qualités en fonction des bonnes notes reçues.
Il s'est poursuivi avec la joie de recevoir de longues lettres... mais quelle flemme pour y répondre ou pour donner de ses nouvelles... toutefois, une fois le texte écrit, que l'on se sent bien et quelle hâte d'en avoir un écho.

Et puis pourquoi écrire ?

J'écris pourquoi ?
Pour la musique de la plume
Qui glisse sur la feuille blanche,
Pour le clapotis des touches,
Pour que mes mains se souviennent
Du chemin à parcourir
pour transcrire les sons.
J'écris pour voir mes idées,
J'écris pour le plaisir du jeu des mots.

J'écris pour qui ?
J'écris pour te le faire savoir.
J'écris pour échanger des idées,
J'écris pour te donner mon âme.
J'écris pour vivre et pour quand je serai morte.

Oserai-je dire ?
J'écris pour le plaisir d'écrire,
Pour le plaisir de me lire,
Pour le plaisir de me contredire
Pour rien. Juste pour moi.

Mais c'est au cours d'un atelier que j'ai complété ma réponse :

Se ressourcer auprès de son âme : écrire
(présentation graphique sur les titres)

Je me ressource avec la sève nourricière de l'écriture

Ma plume aimerait être le vent,
caresser doucement les mots
car alors ma graphie tourmentée ou harmonieuse
traduirait mon état d'âme changeant.

Le plaisir d'écrire n'est pas seulement intellectuel,
Il est aussi physique.
Il passe par la texture du papier.
L'idée devient alors en harmonie avec sa rigueur ou sa douceur.
Elle s'élargit lorsque le papier est grand,
Se fait concise s'il est petit.

Ma plume traduit mes pensées, elle en est l'illustration.
L'architecture de mes idées se fait alors visuelle.
Mon cerveau commande, ma main exécute.

Ma plume aime me surprendre car est-on vraiment maître de ses pensées ? Et je découvre que je ne savais pas que je pensais ainsi.

Ecrire, c'est se parler à soi-même et aux autres,
C'est formuler ce que parfois on ne veut ni savoir ni entendre.
C'est mettre son âme à nu.

Ecrire : l'opposé d'écrire, c'est lire.
C'est alors l'autre que l'on découvre.
C'est aussi découvrir que d'autres pensent comme soi.

Je me ressource auprès de l'âme de ma vie

J'aimerais la voir,
l'entendre comme le froufroutement des feuilles remuées par le vent,
lui parler, discuter avec elle.
Elle me stimule, me ressource, me redynamise.

Elle, c'est moi et moi c'est elle.
Nous sommes siamoises, inséparables, aussi fragiles l'une que l'autre.

C'est pourquoi j'aime écrire,
Ce qui me donne l'illusion de l'apercevoir, d'en découvrir un pan fugace.
Ce qui me donne l'espérance de m'entrevoir au plus profond de moi,
Ce qui me donne la volonté de recommencer encore et encore.

Entre elle et moi, c'est à la vie, à la mort.
Si je la maltraite, elle peut se rebiffer.

Est-elle comme un livre alimenté par l'écriture ?
Est-elle comme un arbre, nourri par la sève ?
Est-elle comme mon sang qui nourrit mon corps ?
Et lorsqu'il n'y a plus de nourriture, mon âme souffre.
C'est peut-être alors cela : la folie

J'ai beaucoup aimé l'humour des "10 droits de celui qui écrit" lus sur le blog d'Eric Poinsson, écrivain, éditeur et critique littéraire que je vous propose d'aller lire.


Lire, la fête des mots

Lire au fond de son lit, couvertures sur la tête, à la lumière d'une lampe de poche, quel régal.
Dommage, ma mère qui était aussi une passionnée de lecture connaissait le "truc" et me débusquait donc régulièrement (j'ai évité de recommencer avec mes enfants et toujours ri en cachette quand je devinais le stratagème, mais enfin, parfois, il fallait bien jouer son rôle de mère).

Lire, c'est ne plus être seul : on "écoute" l'auteur, on s'approprie son texte sur ce qui plait ou l'on discute avec soi-même de ce qui ne plait pas. L'on cherche à faire partager son plaisir par une propagande enthousiaste, où à décourager par des arguments véhéments.
Lire, c'est vivre d'autres vies.

Lire, ce n'est pas seulement dans sa tête, c'est aussi en lisant à haute voix ce qui permet une autre approche du texte, plus musicale, plus sensuelle. C'est aussi un autre regard (si j'ose dire) sur ses propres textes qui permet une autre appropriation, et autorise parfois une découverte surprenante.

Et pour faire la quadrature du cercle, comme l'a si bien dit Stéphane Audeguy au cours d'un interview

Ecrire, c'est le même usage que lire,
c'est la continuation du même appétit

En quelque sorte, lire et écrire, c'est comme l'histoire de la poule et de l'oeuf ! Et illustration amusante avec la pièce de théatre "84, Charing Cross Road" tirée d'un livre et qui illustre bien que le besoin de lire peut vous amener à écrire ;-) (vue en déc. 2003 au Théâtre de l'Atelier).

 

Enfin, n'oublions pas la difficile mais précieuse période de l'apprentissage, et de la joie de montrer son nouveau savoir.
clipart de deux enfants en train de lire


Ceux qui le font avec d'autres moyens : le braille

Le braille est un système permettant aux personnes aveugles ou mal voyantes de lire et écrire. Une lettre correspond à une cellule de 2 colonnes et trois lignes de la taille du coussinet d'un doigt (moins d'un centimètre en hauteur et moins d'un demi centimètre en largeur).
Son origine vient du monde militaire où une méthode avait été mise au point au tout début du XIXe siècle pour transmettre silencieusement des messages. En 1829, Louis Braille améliora le système et le simplifia.

Sollicitée par une association (2), celle-ci avait joint à son courrier un alphabet qui permet de "visualiser" du braille.
Une ligne permettait de s'entraîner à cette lecture... pas facile du tout !


La parole, premier jeu de mots

Elle donne son à un texte, le transforme en musique. Elle en multiplie les lecteurs.
Elle sort aussi de leur isolement les mal voyants.

Discuter avec des personnes qui ont le sens des mots, en jouent, s'en rient... quelle délectation.

2 - Les mots, source inspiratrice
d'autres modes artistiques que l'écriture

Comme l'écrit si bien Roland Barthes dans Variations sur l'écriture, il y a autant d'écritures que de supports, lesquels déterminent le type d'écriture parce qu'il oppose des résistances différentes à l'instrument traceur, mais aussi, plus subtilement parce que la texture de la matière (son glacé ou son rugueux, sa dureté ou sa mollesse, sa couleur même) oblige la main à des gestes d'agression ou de caresse.

A la lisière de l'oeuvre d'art intellectuelle (écriture) et de l'oeuvre d'art plus "visuelle" (tableau ou sculpture) sur le sujet, la calligraphie en est le lien.
François Cheng - spécialiste s'il en est de la calligraphie chinoise - la décrit comme

"un être d'encre qui respire" (3).

Un festival de la calligraphie, premier du genre, a eu lieu du 17 au 22 juillet 2006 à Saint Christol d'Alès dans le Gard. Il est organisé par le Musée de l'Ecriture.

A propos d'un lien possible entre l'écriture et la sculpture ou la peinture, j'ai eu le plaisir de lire dans la revue Archimag n° 176 juil./août 2004, un article intéressant intitulé "l'art et l'écrit, le livre transfiguré".
Son but : montrer que le livre, oeuvre d'art par son contenu et parfois par sa présentation, inspire d'autres modes d'expression artistique.

Dans cet esprit, l'auteur Marie-Pierre Oriol présente deux artistes, l'une sculptrice, l'autre peintre :

Marie-Claude Debain

sculptrice qui a créé une série de sculptures sur le thème "les hommes du vent" et présente ainsi des personnages au contact du livre et de la clé, tous deux symbole d'ouverture sur le savoir et la connaissance.

Pierre-Jean Couarraze

peintre qui, poussé par son goût de la littérature, peint de vieux livres en filigrane de blocs de pierre. Très beaux tableaux.

La photographie a aussi une place intéressante par rapport à l'écriture. Elle complète la vision du texte, elle souligne, met en valeur, traduit. Elle est aussi l'un des nombreux miroirs avec lesquels on peut voir l'autre face du monde.

Parfois, comme Blumenfeld, qui de sa passion pour la peinture arrive à la photographie ou Hitonari Tsuji, photographe japonais reconnu et également un écrivain international, le mariage des deux est indissociable.

D'où un espace particulier dans mes pages Pixis intitulé "regards pixisiens".

Enfin, je viens de découvrir un "musée de l'écriture" situé à côté d'Alès auquel je compte bien rendre visite un jour.

(1) citation lue dans "l'anarchiviste et le bibliotheckel, dictionnaire de mots-valises", d'Alain Créhange, éd. Mille et une Nuits, n° 498, 2006, p. 7 (retour au texte)

(2) Je ne me souviens malheureusement plus de quelle association il s'agit pour lui demander l'autorisation de reproduction. Si elle se reconnaît, qu'elle n'hésite pas à me contacter. (retour au texte)

(3) Extrait de "Et le souffle devient signe. Ma quête du vrai et du beau par la calligraphie" aux éd. Sophie de Sivry - L'Iconoclaste, 2001, p.35 (retour au texte)


MAJ samedi 24 février, 2007

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