Si je savais rapper,
j'rapperai sur ma vie
J'n'suis qu'un chat
un chat mal aimé,
Un chat abandonné,
Un chat traumatisé,
Un chat de gouttière.
Les hommes ont tué ma mère,
Les hommes ont tué mes frères,
Ils m'ont pourchassés
Regardez mon traumatisme
J'vois un homme, j'me hérisse !
Mes griffes sont prêtes,
Mon dos s'arqueboutte,
Ma queue s'agite
telle un métronome.
J'crache autant de haine
Que de mépris
J'vous jette un regard de sorcier
Et pourtant vous vous en foutez.
Coeurs de pierre des hommes,
Coeurs glacés sans pitié
Rien ne peut vous toucher
Et en même temps, j'm'affolle,
Mon coeur bat la breloque,
J'ai envie de miauler,
D'vous attendrir
D'vant le poids de ma détresse
Devant tant de cruauté
Mais j'peux pas, j'peux pas,
J'peux vraiment pas...
La gorge nouée, la gorge trop serrée
'Voyez donc pas mes oreilles
même pas couchées
ni mes moustaches pas dressées ?
'Voyez donc pas que j'suis trop faible
Pour miauler à vos oreilles ?
'Voyez donc pas mes yeux
Que je réduis en fente
Pour vous cacher ma peine ?
Ecartelé entre férocité et fragilité
J'suis tour à tour
Dr Jekill et Mr Hyde
Et que c'est dur à porter
Cette vigilance d'être ce qu'il faut être
Au moment où il faut
Pour sauver sa peau
Par la force ou la douceur
'Voyez donc pas mon âge
si tendre, si faible
où toute protection
est une bénédiction ?
'Comprenez donc pas
A quel point j'suis p'tit chaton
Et pas un belliqueux matou
A quel point j'ai besoin de vous
Pour un peu de lait
Pour quelques caresses
Pour un abri hors du froid ?
Et qu'en guise de remerciements
J'vous f'rai des ronrons
ronrons ronronnants...
Un peu de tendresse, bordel !
Car n'oubliez pas, gens sans coeur,
Que trop de vos frères humains
sont comme moi
Meurtris de tant d'abominations,
Que même le coeur de Dieu en saigne
Car n'oubliez pas, gens généreux,
Que votre tâche est
Comme tonneau de Danaïde
éternel recommencement,
Et votre poids si faible
Pour contrebalancer tant de désolations
Que même Dieu vous aide
Et Guite, ma chèr' Guite
Toi qui a un coeur grand com'ça
Merci de ton assiettée de lait.
J'ai compris que tu recommenceras.
Mais laisse moi le temps de m'apprivoiser
Du temps pour calmer ma faim,
Du temps pour amadouer ma méfiance
Du temps pour anesthésier mes souffrances
Du temps, bordel, du temps
Sans bruit, sans zapping !
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