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printemps de la poésie 2010

 

couleur femme

Le thème de cette année est magnifique : couleur femme. Voilà qui inspire !

Dans ce collage, vous voyez en bas à droite, juste au-dessus des deux yeux, le tableau de Dora Maar " Les années vous guettent ", portrait de Nusch Éluard peint en 1934 avec la surimpression d'une toile d'araignée,

C'est ce tableau qui m'a inspiré le texte suivant


lettre à Dora

Ma Chère Dora

Je reconnais bien là ta patte d'artiste devant ce portrait que je viens de recevoir. Je suis touchée de cet envoi et de la marque d'affection qu'il traduit. Qu'il est beau !

Ton amie Nusch est vraiment très belle et tes talents de photographe et d'artiste sont patents. Il me semble que ce portrait est l'aboutissement de tout ton apprentissage avec ton cher Maître et que dorénavant tu vas voler très haut de tes propres ailes.

Cette image est le parfait symbole du temps qui passe et de la fragilité de la beauté. Tu l'as parfaitement traduit. Ce visage si éclatant de vie, si parfait et que le regard énigmatique souligne encore. Et l'araignée elle-même n'est – à mon sens – que la traduction de ta ténacité, de ton talent d'artiste et de ta patience à construire ta vie comme tu l'entends. Trois vertus typiquement arachnéennes que tu as su diaboliquement mettre en valeur sur l'esthétisme de ton amie.

Je suis toujours époustouflée devant la richesse des idées des créateurs et de leur capacité à les exprimer. Cela me fascine et je les envie. Et je suis très, très fière de toi.

Inutile que je te dise que je vais faire encadrer cette photo. Elle restera sur ce que tu appelles ma ‘ commode-souvenirs ' dans le salon, tu sais la petite commode style empire dans le salon qui me vient de mon arrière-grand-oncle, et sur laquelle je pose tout ce qui m'est le plus cher. Je t'entends d'ici te moquer de moi et penser " cela va être dur de lui trouver de la place" .

Tu râles sous le prétexte que je ne t'écris jamais, mais faut-il écrire pour faire savoir que l'on aime alors qu'il n'ait pas un instant où je ne pense à toi, et à tes bras d'enfant qui me serrait si fort après le drame qui a coûté la vie à tes parents. Mais après tout, oui, peut-être as-tu raison, on ne dit jamais assez je t'aime à ceux que l'on chérit. Alors sache que je t'aime, toi ma fille adoptive.

Mais sache aussi que l'amour que tu portes à ta mère adoptée m'a donné une précieuse force pour faire face à la vieillesse. Je ne te dirai jamais assez de mercis pour cette adoption de la part.

Et comme tu m'as gentiment intimée l'ordre de te donner de mes vraies nouvelles (j'ai adoré le soulignement), je crois qu'il faudrait que tu appliques sur mon visage une toile d'araignée bien plus serrée que celle que tu as mis devant celui de Nusch. Car si je ne me sens absolument pas vieille dame ma tête, mon corps hélas commence à m'interpeller et le fond de teint à appliquer a de plus en plus de mal à cacher les sillons du temps.
Te voici donc informée et tu n'auras pas de choc en me voyant à l'aéroport.

Bien sûr, je poursuis mes ateliers d'écriture. Tu sais combien j'aime cela ; j'apprécie ainsi l'occasion qui m'est donné d'oublier le physique pour me consacrer à ‘mon essence' si je puis dire.

Sais-tu qu'il est amusant de penser qu'au moment où tu m'adressais cette photo je veanis justement de faire un texte sur la vieillesse ainsi qu'un haïku. Comme je sais que cela va t'amuser, je te les mets en pièces jointes.

J'attends impatiemment ta venue prochaine depuis ta chère Croatie et les longs moments de bavardages et de promenades que nous allons partager.

Baisers tendres à ma fille chérie.


Quelques haïkus

==> Japonaises

Cerisiers en fleurs
Et kimonos chatoyants
Japon printanier

==> Vietnamiennes

Leurs tiges courbées
Corolles en V renversé
Fleurs de rizières

Formes épurées
Aux tuniques colorées
Belles vietnamiennes

Des textes plus anciens entre également dans ce thème 'couleur femme'

Voir mon texte sur les poupées de chiffon

Je regroupe ici quelques textes essaimés au fil de mes pages

==> la musicienne
Une femme debout se détache devant l'orchestre.
Blotti au creux de son cou, un violon.
Tour à tour agité, tumultueux, caressant, tendre ou furieux,
son archet semble vivre sa propre vie
pour mieux faire chanter son violon.
Après un long silence,
La foule se lève comme un seul homme
Et frénétiquement applaudit à  tout rompre.
Bel hommage !

==> solitaire
Jeune femme seule
et deux enfants à élever.
Une vie d'embûches.

==> femmes fanées
Les années passent. Je me ride. Rien que de naturel et tribu à payer au temps utilisé à mieux faire que de me tartiner de la crème nourricière matin & soir. Je les accepte comme un moindre mal par rapport aux  maux douloureux qui pourraient être. Sans remords.
Et ce même temps utilisé à des choses moins futiles (?) n'a pas été mieux accordé aux longues poses côté pile, côté face pour noircir et illustrer le temps passé sous le soleil. Ne rien faire d'autre pendant des heures que lever le menton, écarter bras et jambes pour mieux répartir le bronzage, très peu pour moi. Toujours sans remords.
Mais tout de même, ces femmes de tous âges et que vous voyez la peau ratatinée, quelle horreur !
Certaines ressemblent à des momies démaillotées, le visage tout fané, tout tanné, tout desséché.
On n'ose même pas les embrasser de peur de faire éclater une peau  qui semble si fragile ou d'avoir  ses propres lèvres déchirées. Et pour cela, pas de remords.
D'autres, voire les mêmes, mettent des décolletés pour bien rentabiliser leur bronzage. Se regardent-elles dans une glace ? elles verraient de longs sillons plus ou moins profonds qui les vieillissent bien au-delà de l'âge qu'elles ont.
On a envie de leur dire : cachez cette  laideur à la limite de la monstruosité et de l'obscénité. Et l'on n'aurait aucun remords.
J'ai vu ainsi sur une plage méditerranéenne la mère, la fille et la petite fille. Elles se ressemblaient étrangement par leur peau noire et abîmée. La traduction des strates de génération n'étant signalée que par le temps d'utilisation au soleil plus ou moins long selon l'âge. Ainsi toutes les trois en monokini exhibaient trois corps boucanés qui provoquaient vraiment de la répugnance.
Quel gachis de s'abîmer ainsi... De quoi pour elles avoir vraiment avoir des remords si elles étaient lucides.



MAJ dimanche 21 mars, 2010

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