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Joséphine Gacougnolle (*)
L'amie Jacqueline rédigea un jour d'inspiration puisée dans le puits sans fond de son imagination (*) un texte intitulé "Joséphine, escargots et Pieds Nickelés" pour raconter comment elle croisa la route d'une certaine Joséphine Gacougnolle. Bien sûr, la fin n'a rien à voir avec ce que le début du texte pouvait nous laisser croire et, provocatrice, suggéra au lecteur de prendre sa plume et de raconter la partie manquante... Vous trouverez donc ici le texte de départ, celui de Jacqueline, intitulé "Joséphine, escargot et Pieds Nickelés" dans le respect du droit d'auteur (*) et sa suite pixisienne intitulée "Joyce".
La petite Joséphine était la reine de sa famille. elle en était le coeur palpitant. Fine, intelligente, pétillante et vive, elle avait vécu ses premières années heureuse, entourée de ses grands-parents paternels, de ses parents et de ses dix grands frères dont même ceux qui étaient mariés vivaient encore là avec leurs jeunes épouses. Le plus jeune avait sept ans de plus qu'elle. Dans l'immense domaine perdu au fond de la Dombes (*), chacun avait sa tâche dévolue, et le travail n'y manquait pas. Rares étaient les visiteurs, mais ceux-là montraient respect et amitié. Ce monde extérieur ne manquait pas à Joséphine. Elle n'en avait pas d'appréhension particulière, mais pas d'attente spécifique non plus, ni d'imagination délirante sur ce qui s'y passait. A l'âge de dix ans, elle dut cependant intégrer le collège. Sa mère et sa belle-soeur Anne avaient jusqu'ici joué le rôle d'enseignantes avec compétence et efficacité, mais il était temps pour elle de se frotter à d'autres réalités. Enjouée comme elle l'était, elle se fit vite de bonnes amies. Ses professeurs apprécièrent sa vive intelligence et ne tardèrent pas à la citer en exemple. Jusqu'à l'année de sa Terminale, on peut dire que sa vie fut particulièrement heureuse et douce dans son déroulement. Elle passa le bac brillamment. Elle fit des projets d'avenir : une carrière politique la tentait bien et pour cela voulait s'armer du mieux possible. Voie classique par Sciences Po et l'ENA. Mais elle voulait aussi faire du Droit et devenir magistrat. Une fête de famille fut préparée à son insu. Lorsque le jour J arriva, elle en pleura d'émotion. Elle vit réunis autour d'elle tous les siens, tous ceux qui l'avaient tendrement aimée. Etonnée de constater que les cheveux de ses parents étaient devenus tout blancs. Elle ne les avait pas vu blanchir. Surprise de voir que ses frères aînés prenaient des rides et du ventre. Que ses neveux et nièces devenaient des adolescents et la talonnaient dans leur cursus estudiantin. Pourquoi cette clairvoyance subite et cruelle dans un moment aussi joyeux ? se demandait-elle surprise lorsqu'elle s'isola un moment dans sa petite cabane favorite au milieu du cèdre à l'entrée du Domaine. Elle se rappelait ses frères en train de la lui construire. Allons, retourne auprès d'eux se dit-elle au lieu d'avoir des idées noires stupides et elle se fit la promesse de venir dormir ici pour clore cette nuit de fête. Aussitôt dit, aussitôt fait. Elle retourna près des siens, accueillit ses amis, bavarda, embrassa, raconta, écouta... Les heures passèrent et l'heure d'aller dormir arriva. Comme elle se l'était promis, elle annonça qu'elle allait dormir dans SON cèdre. Tout le monde sourit avec tendresse en pensant : "belle façon de terminer sa jeunesse avant d'entamer sa vie d'adulte". Elle dormit profondément. Un sommeil sans rêve, sans cauchemar. Aussi lourd que non mémorable. Un trou, quoi. Comme une absence profonde. Lorsqu'enfin elle voulut descendre de l'arbre, elle était déjà à moitié asphyxiée. Elle rata la marche de l'échelle et tomba lourdement du haut des deux mètres cinquante. Et elle tomba dans les flammes qui commençaient à lécher le tronc. Assommée, elle était inanimée. Une voiture de gens pressés qui venaient de Stokholm en direction de Megève passait sur la nationale. Ils avaient fait halte toute la journée près d'un des plus fameux étang de la région pour observer les migrateurs comme la cigogne noire, le balbuzard pêcheur et bien d'autres qui s'arrêtent là avant de repartir vers la Scandinavie. Dans la nuit éclairée par un gigantesque feu tout proche, un motocycliste faisait des signes désespérés au milieu de la route. Pressés certes, mais humains tout de même, ils ralentirent. L'homme se précipita : "vite, vite, hurla t'il, il y a le feu, je n'ai pas de téléphone, il faut téléphoner aux pompiers. Je suis en panne". Aussitôt, on lui passa un portable pour qu'il puisse faire le nécessaire et dans un charabia franco-anglo-suédois on lui demanda où le déposer. "S'il vous plait, implora t'il, déposez-moi au Domaine pour les aider". Devant cet appel à l'aide, les hommes d'affaires n'hésitèrent pas et l'emmenèrent à l'entrée du Domaine où les pompiers déjà s'affairaient pour se frayer un chemin jusqu'à la maison. Les pompiers ayant refusé l'aide des automobilistes et celle de Pierre le motocycliste, ce dernier refusa de remonter dans la voiture, les Suédois lui proposant de le reconduire, il préféra rester sur place. C'était un ouvrier agricole qui venait régulièrement donner un coup de main lorsque le besoin s'en faisait sentir. Il connaissait l'existence de la cabane et machinalement ses yeux se portèrent là. Joséphine lui doit la vie. Mais quelle vie me direz-vous ? Elle avait tout perdu : sa famille, les amis hébergés cette nuit-là, sa maison, sa peau et son visage. Une vie certes, une vie faite de douleurs physiques et morales, une vie de combat pour retrouver visage humain et reprendre ses études après deux ans passés au service des grands brûlés. Fin des projets de vie politique. Fin des projets en matière de magistrature. Elle fit un cursus à l'Ecole nationale des sciences de l'information et des bibliothèques (ENSSIB) à Lyon pour ne pas trop s'éloigner du Domaine (seuls quatre vingt huit kilomètres l'en séparaient) et entrer rapidement dans le monde du travail. Joséphine devint Joyce, refusant de se faire appeler par un prénom qui était aussi celui de sa mère tant aimée. Elle gardait ainsi l'initiale et la deuxième lettre mais l'intégralité du prénom restait dans sa stricte intimité sauf pour tout ce qui concernait les inscriptions et les papiers officiels. Elle avait perdu la beauté de son visage, mais à force de refaire faire sa peau, elle n'était plus à faire peur. C'était juste un visage sans spécificité, neutre, vaguement inquiétant sans que l'on sache pourquoi. Et dès qu'on la connaissait, on oubliait cet aspect. Rarement coléreuse, elle piqua une rogne d'enfer le jour où elle s'aperçut que l'inscription au colloque de documentation faite par un organisme extérieur avait été réalisée avec le prénom de Joséphine. Cet organisme qui l'avait déjà inscrite à un colloque à New York avait utilisé alors pour cela son passeport pour répondre à toutes les questions de l'administration américaine. Il avait repris les informations. Tout simplement. Mais c'était trop tard. En tout cas, à chaque fois qu'elle le put, elle chercha à faire rectifier la chose : "Je m'appelle Joyce, et non pas Joséphine" précisa t'elle à ceux qui l'abordaient. Quelle ne fut pas sa stupeur lorsqu'elle apprit quelques jours plus tard que quelqu'un au cours du colloque avait posé plein de questions sur son compte. Qu'est-ce que cela veut dire, se demandait-elle ? Pourquoi ne m'avoir pas tout simplement abordée ? Elle était franchement inquiète. Elle avait eu des contacts houleux, difficiles avec un promoteur qui voulait lui racheter le Domaine. Ce n'était même pas la somme dérisoire proposée qui l'interpellait mais le fait que l'individu refusait de comprendre que pour elle, c'était comme si elle vendait à la fois la vie, le travail et la tombe de chacun des siens. Serait-ce lui qui reviendrait à la charge d'une façon ou d'une autre ? qui recommencerait le harcèlement auquel il s'était déjà livré et que seule la justice avait réussi à faire cesser ? Cette bataille l'avait épuisée. Elle commençait à peine à s'en remettre... "Si seulement je pouvais un jour commencer à vivre le présent. Simplement le présent" se disait-elle. Elle s'essaya à une enquête, téléphona à ses collègues amis qui avaient participé au dit colloque. L'un était américain, l'autre vénézuélien et trois autres jeunes femmes s'éparpillaient entre le ministère de l'Intérieur, le Conseil d'Etat et la Mairie de Paris. "Qu'est-ce que c'est que cette histoire" ? N'arrivant pas à lier le Domaine à une bibliothèque universitaire, elle ne voyait pas du tout le rapport. "Ah moins que ce ne soit tout bonnement et tout simplement pour une question professionnelle ? Bon eh bien si c'est le cas, pas de quoi se faire un mouron d'enfer. Du calme ma vieille. Elle connaît mon nom et mon lieu de travail, elle finira bien par me contacter directement" tentait-elle de se rassurer. Mais rien ne venant, elle finit par se rassurer et au fil du temps oublia apparemment l'incident. Mais cela demeurait toutefois dans les replis de sa mémoire, au cas où... "ça alors... Maman... vient voir ce que j'ai trouvé sur le Net" hurla Joachim à sa mère qui tranquillement lisait un polar à côté de lui. Joachim a dix ans et est déjà un "pro du Net" comme le surnomme sa mère. "J'te dis qu'on parle de Mamée sur Internet". Lorsqu'elle eut fini de lire, elle éclata de rire. "Mon chéri, je crois que t'as encore des progrès à faire... si tu avais fait attention, tu verrais que c'est une page de site où l'on met des écrits. Il s'agit donc là d'une histoire. Pas de quoi en faire toute une histoire..." Vexé, Joachim laissa sa place à sa mère et partit rejoindre les copains.
1. Ce nom de famille est bien réel. Certains de ses porteurs ont des sites internet. Qu'ils nous pardonnent cet emprunt à but littéraire, notre histoire n'ayant bien sûr rien à voir avec une personne et des faits existants. 2. Ceci est dit non pas dans un sens péjoratif, mais admiratif. 3. Dans le plus pur respect du droit d'auteur : merci Jacqueline de m'autoriser à mettre ici ton texte :-) 4. La Dombes se trouve dans le département de l'Ain. Bien sitée entre Rhône-Alpes et Bourgogne, toute proche du Beaujolais, elle est une région au monde un peu mystérieux grâce à ses mille étangs. Grâce à eux elle fait partie des dix grandes régions du monde pour la richesse de son avifaune. |
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