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pointillisme snecefien

mai 2004

 

Pour une fois, l'ordinateur est resté dans la valise, et je m'aperçois avec horreur que je n'ai pas pris de quoi lire... grrrr voilà un voyage qui s'annonce mal.
Et tout à coup, je souris... allons, tout n'est pas perdu : du papier, un crayon et je décide de transcrire ce que je vois en texte.
Résultat : quatre heures qui ont passées à toute vitesse si j'ose dire ,-).

C'est au cours d'autres voyages sur la même ligne que j'ai pris des photos pour illustrer ce texte.

 

Le paysage défile avec régularité.
Quelques nuages s'effilochent dans un ciel superbement bleu.
Carrés de blés jaunes,
parcelles de tournesols en pousses vertes.
Un arbre majestueux au milieu d’une prairie.
Au loin, un village se serre autour de son clocher.
Un groupe de corbeaux s’envole.
Un chemin musarde en parallèle de la voie ferrée.
Le trou noir du tunnel suspend notre course.


Des arbres indisciplinés cachent la vue.
Des rouleaux de foin attendent leur enlèvement.
A nouveau un mur de verdure.
Un fil électrique tisse sa route et dispatche sa denrée aux catétères assoiffés.
Des herbes folles où s’entremêlent des papiers abandonnés.
Un château d’eau blanc et rouge, affreux,
Guette on ne sait quoi du haut d’une colline.
Des digitales rose vif mettent une note de gaîté sur le talus épinard.


Une maison, puis cinq, puis une file ininterrompue signalent l’approche d’une gare.
Le train ralentit, croise des wagons de marchandises rouillés, immobiles.
Croisement de valises qui descendent et qui montent.
Le goudron diffuse un brouillard flou de chaleur.
Bisous échangés, yeux silencieux mais remplis de paroles.
Toujours quelques nuages blancs pour mieux souligner la profondeur du ciel.
Le train s’ébranle en douceur.

Des stores rayés protègent des bow-windows d’immeubles cossus.
Plus loin, du linge sèche aux fenêtres d’HLM.
La campagne regagnée, quelques vaches affalées ont trop chaud.
Des enfants s’ébattent dans la piscine d’une maison isolée et
font des signes vigoureux aux wagons qui passent.

Un château présente ses formes prétentieuses.
Dans son élan, le train l’ignore superbement.
Les nuages se teintent de gris.
Un toit surgit au-dessus de la verdure,
cachant complaisamment une bâtisse à l’existence incertaine.

Des silos argentés protègent leur trésor.
Un terrain de tennis abandonné.
Enfin quelques hirondelles qui jouent avec le vent.
Un dense tapis de petites fleurs bleues entourent une maisonnette.

Au loin, une route fourmille de véhicules.
Une cheminée d’usine, un long mur surmonté de fils de fer barbelés.
Approches d’une grande ville.
Des quais, des lampadaires ornés de lettres énigmatiques.
Un haut-parleur muet, un long, long pylône pour antennes de téléphones portables.
Un aiguillage qui chaloupe le train.
Des haies bien taillées. Hangars de grandes surfaces.

Peu à peu, la campagne reprend ses droits.
Le ciel est d’un bleu éclatant.
Sur la route qui nous longe, des voitures font la course avec nous.
Une ancienne gare reconvertie, un bois en devenir.
Un beau carré de blé, un autre de blé avec quelques mauvaises herbes, presque noires,
Puis un tapis d’herbes folles parsemé d’un peu de blé :
Reflets de leurs propriétaires voisins ?

Long cheminement entre de hautes haies vertes.
Une rangée bien sage de pavillons identiques.
Quelques ponts SNCF autorisent des voitures à nous passer par-dessus la tête.
Le paysage peu à peu s’aplatit.
Un cerisier pointilliste ponctue ses feuilles de nombreux points rouges…
L’eau vient à la bouche !

L’ombre du train sur les rails voisins tremble au gré des déformations.
Mesdames & messieurs, nous arrivons à … dernier arrêt avant Paris.
Une rivière aux berges tentantes, petite ville provinciale endormie,
Aussitôt oubliée dès que franchie.
Un immense bâtiment gris, des rails réservés, une grande grue
Rappellent que nos aliments ne viennent pas tous d’une ferme à la mode d’autrefois.

Quelques panneaux publicitaires,
De hideux bâtiments de zones industrielles ou commerciales
Annoncent la proximité d’une ville.
Frôlement heureusement très vite abandonné.

De la verdure surgit brutalement un joli village fleuri.
Vieilles maisons retapées, d’autres à peine construites, fleurent bon une vie paisible.
Encore quelques vallonnements, et à nouveau la platitude.

Ciel bleu tamisé et quelques nuages sales au loin.
Fraîcheur climatisée intérieure, chaleur juilletiste externe.
Canal franchi victorieusement.
Maison solitaire très fleurie, loin de tout :
Quels ermites ont besoin d’un tel isolement ?

Attention, une avant-garde de nuages nous observent.
Une voiture attend sagement au passage à niveau.
Des extraterrestres aux six bras se stabilisent à l’aide de câbles tendus.
Ils n’impressionnent personne, pas même le train qui en a vu d’autres…

Nous marchons sur le toit des voitures qui filent sur l’autoroute.
Le soleil se recroqueville derrière un gros nuage, puis joue à cache-cache.
Un cimetière en pente permet à chaque mort de regarder passer les trains.

Dans le couloir depuis un long moment
Deux petits s’envoient gentiment le ballon de l’Euro.
Dans le compartiment, trois jeunes bavardent tranquillement.
Une jeune femme somnole. Puis téléphone.
Je grignote des Paille d’Or (publicité gratuite, trop bon !)
Pleurs. Les enfants du couloir s’énervent. Se disputent.

Une locomotive nous croise à toute allure.
Hideur d’un stock de vieilles voitures et de pièces détachées.
Un canal flirte avec notre voie ferrée.

La région parisienne s’annonce :
Hautes cheminées, groupes d’immeubles perdus dans la nature,
Vieux pavillons d’avant-guerre aux jardins tour à tour riants ou à l’abandon.
Profusions d’antennes rondes. Puis grands champs de blé.


Le ciel se charge de nuages mais le soleil ne nous abandonne pas.
Villas cossues aux jardins soignés.
Aucune âme qui vive. Comme aspirées et suspendues dans un ailleurs inconnu.
Toits d’ardoises vus depuis la hauteur sur laquelle circule notre train.
Ce dernier s’arrête de façon impromptue, dans une gare au nom imprononçable
Et absolument inconnu au commun des mortels.
Comme si ce nom l’avait figé de saisissement !

Adieu soleil, les nuages ont gagné la bataille.
Trois crêtes parallèles : deux trains inversés et une file de maisons les occupent.
Quelques cygnes glissent sur une rivière.

Les gares de banlieues se rapprochent.
Usines, zones résidentielles, fouillis de maisons,
Lignes à haute tension, grands champs de blés ou prés à l’abandon,
Tout se mélange et se succède :
Alternance de longs murs de béton ou de bâtiments abandonnés,
Tous constellés de tags tour à tour hideux ou œuvres d’art.
Un talus que l’on voulait civiliser n’est qu’un massacre douloureux.

Les routes sont mouillées : les nuages ont ici gagné la guerre.
Un avion s’envole vers des ailleurs peut-être meilleurs.
Les banlieues succèdent aux banlieues, plus de place au vide !
Les talus verdoyants laissent définitivement la place au béton.
Les immeubles se resserrent.
Deux TGV se succèdent.
Nous faisons la course avec un RER, qui l’emporte.

Des quais nous encadrent. La pluie d'été tombe drue.


Si mes yeux ne se sont pas ennuyés une minute,
Mes oreilles sont en manque :
Quatre heures de train sans le bercement
du bruit des roues à chaque changement de rails :
tac tac silence tac tac silence tac tac silence tac tac

…Allons, il est temps de reprendre le train de la vie.

Deux rails, une voie ferrée... tout un monde qui s'ouvre à nous


jeudi 30 juin, 2005

Merci de passer par le blog...