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...ceux qui ne sont ni haïkus, ni poèmes, ni historiettes ;-)

 

... bref, ce sont des "textes courts"... ce qui n'est pas très poétique comme intitulé. Aussi ai-je cherché pendant longtemps un nominatif plus élégant. J'ai fini par trouver "bulles" et je trouve que cela signifie bien ce que j'entends par "textes courts" : des textes pas trop longs, qui apparaissent au bout de ma plume comme une bulle qui éclate... cela sans la prétention de penser que mes textes soient aussi beaux que des bulles de savon !

Toute appréciation sera la bienvenue sur le blog, merci d'y laisser votre commentaire.

Hors celles ayant pour thèmes mes petites filles et Paris ainsi que celles qui sont trop volumineuses, ces bulles sont déposées ci-dessous.

Sommaire des plus volumineuses




automne au cimetière (12 déc. 2009)

Les arbres s'inclinent et abandonnent leurs larmes d'or.
Le vent déroule alors un tapis mouvant qui bruisse sous mes pas.

Là-bas, les croix du cimetière me font signe.
Mon âme mélancolique obtempère et s'en va prier sur les miens.


sens dessus dessous (11 déc. 2009 écrit en 2004)

Entends-tu les nuages glisser ?
Vois-tu le chant de la cloche qui sonne l'Angélus ?
Sens-tu l'eau glouglouter ?
Perçois-tu la griffe du chat dans le pelage de la souris ?

angoisse (8 déc. 2009 écrit en 2004)

Du fond de moi monte l'angoisse...
Un vide envahissant,
Une paralysie qui fige.
la sensation d'un danger sans visage,
D'une attente sans fin.

Une seule envie, disparaître
Un seul devoir, faire face.

Et soudain, un ressort vous redresse.


repassage (8 déc. 2009 écrit en 2004)

Alors que le fer à repasser glisse tranquillement sur la blancheur des draps,
La musique rythmée d'un jazz endiablé me fait esquisser un rock vif pour mieux effacer les plis.

tomber amoureux (21 mai 2009)

J'étais partagée entre aimer ou pas cette expression.
Quand on tombe, c'est involontaire.
Et c'est généralement malheureux.
Quand on est amoureux, c'est involontaire, hors de sa volonté.
C'est. Point.
L'aspect malheureux me paraît inexistant. J'y vois plutôt un aspect de bonheur, malgré quelques tourments prévisibles.
La tristesse ne devient réelle que lorsque l'on "se relève" d'être amoureux !

Bon. Finalement, j'aime bien "tomber amoureux.


en attendant le départ du train (5 fév. 2009)

Il est 15 heures, un vendredi exceptionnel. Exceptionnel ? oui, pas de départ en vacances, pas de grève, pas d'alerte à la bombe et en plus je suis vraiment en avance.
Mais pour être en avance, je suis en retard sur l'heure du déjeuner. Alors direction les sandwicheries.

A la première, personne... bizarre, bizarre... je regarde... ah oui, d'accord ! plus moches, pas possible . Pauvres sandwichs. Et pas de serveur en vue.
Un peu plus loin, quelques personnes s'agglutinent. Ouf ! ceux-ci [je parle des sandwichs ;-)] ont meilleure mine. La vendeuse est souriante, du coup les sandwichs vont avoir plus de coût.
La jeune maman dont c'est le tour cherche "le" sandwich qui conviendra à son gamin : pas trop de mayonnaise à cause des vêtements, pas de jambon non coupé qui risquerait de l'étrangler, pas de salade puisqu'il n'aime pas le vert, pas de saumon, l'odeur est trop forte... "Bon, finit-elle par dire, je vais prendre le poulet-gruyère... euh... non, la quiche, finalement ce sera encore mieux s'il vous plaît."
Et comme elle avait préparé l'argent pour le sandwich, elle n'avait plus assez pour la quiche et doit farfouiller désespérément au fond de sa besace à la recherche de son porte-monnaie, son billet de train coincé entre les dents et son bébé hurlant écrasé dans son kangourou.
Toute la queue d'attente est restée impassible, et la personne suivante, un jeune cadre dynamique à sûrement hautes responsabilités n'hésite pas. Sur un ton agacé, il affirme à haute et intelligente voix "un complet et une Badoit je vous prie". Sa monnaie déjà prête dans la main, il l'a transmet d'un geste sans réplique à la caissière qui ne vérifie même pas si l'appoint est juste.

Mon petit sac de dernière minute à la main (celui qui permet de rajouter au dernier moment tout ce que j'ai oublié de mettre dans la valise ou qui n'y tenait plus), je me dirige d'un pas sûr vers le relais presse. C'est toujours un plaisir d'observer ce lieu !
Il y a ceux qui s'installent dans un coin pour s'assurer que le livre qu'ils ont choisi leur conviendra, ceux qui feuillettent les journaux d'un air désespéré, genre "rien d'intéressant".
Il y a ceux qui stressent parce que l'heure du départ est éminente et qu'il y a la queue à la caisse.
Il y a ceux qui sont en avance et en profitent pour lire gratuitement des revues qu'ils n'ont jamais l'occasion de lire.
Les caissiers restent impassibles devant les mini drames pour cause de manque de monnaie, ou la question qui tue "vous n'avez pas telle revue ?" dont ils indiquent d'un geste vague le lieu de rangement.
Le rayon des polars est mon grand favori, j'élimine ceux que j'ai déjà lu en jetant un oeil sur les titres, prend un inconnu pour lire le résumé, le repose, en prend un autre, jusqu'à ce que l'un d'entre eux me 'tape dans l'oeil' si je peux dire.


champ opératoire (5 fév. 2009)

Ciel bleu ? non, champ opératoire.
Tremblante de froid sur cette table d'opération inconfortable, un grand drap de ces tissus papiers ultra légers isole ma tête de ce qui se passe et fait écran de la partie en cours de trituration.

Interdite de vision ! C'est à la fois rassurant et inquiétant.
Je sens qu'on me triture. Ce n'est pas douloureux, juste désagréable. Mais angoissant. C'est confier sa vie à des mains étrangères.
Une sensation de coupure soulignée d'un bruit de scie électrique.

Un moment qui me paraît une éternité à ruminer des choses tristes.

Puis finalement un "bon, je vous recouds, madame" me sort de mes pensées grises.
Ai-je bien compris ? Oui, c'est fini, je glisse sur un vrai lit avec une vraie couverture.
Opération terminée, c'est le cas de le dire !
Je me réchauffe et me détends doucement en pleurant silencieusement.


le plafond de l'ascenseur (5 fév. 2009)

Avez-vous jamais remarqué ?
En regardant un film j'observe que presque toujours lorsque l'acteur entre dans l'ascenseur, il lève les yeux avant d'appuyer sur les boutons., ou juste après.
Sensibilisée, je m'aperçois que ce doit être un 'truc' d'ascenseur. Ce geste machinal, je le fais très souvent. Et vous ?

le monde de l'hôpital (5 fév. 2009)


Entrer dans un hôpital, c'est entrer dans une autre dimension. Ce n'est plus le monde des vivants, par encore celui des morts, juste un espèce de no man's land où le temps n'a plus de sens.

Vous êtes le code barre 850481782-8 et point barre.
Vous attendez. Vous subissez.

Heureusement le sourire lumineux d'un brancardier, un mot d'encouragement de l'infirmière humanise les lieux.


alerte à la bombe (5 janv. 2009, écrit en 2004)


Plongée dans la lecture aride de la jurisprudence, je rédige, barre, rajoute, commente dans le calme de mon bureau.

Sirène stridente de l'alerte à évacuation, le stylo sursaute et le coeur s'emballe.
La phrase interrompue s'évanouie.
Allons, il faut s'arracher à la quiétude du bureau, à l'inspiration perturbée et se joindre au flot des fourmis qui descendent les 30 étages de la tour.


réconfort (15 juil. 2008, écrit en 2004)

Tandis que les enfants s'ébattent joyeusement dans la pièce d'à côté, elle pense à sa mère si seule, si isolée sur son lointain lit d'hôpital.

Alors qu'ils jaillissent dans la cuisine en se disputant le passage de la porte et l'informent d'un sonore "Maman, on a faim", elle songe à elle qui se nourrit par sonde.

Le silence s'installe autour de la table tandis que les machoires s'activent.
Soudain, une petite voix dit "tu diras à Mamie que j'ai mangé ma tartine pour elle".

Quel doux réconfort : tant de pensées tendres ne peuvent qu'atteindre et réchauffer le coeur de la malade.

deux mondes (15 juil. 2008, écrit en 2004)

Un petit déjeuner au soleil, sur la terrasse.
De là les prés valonnés sont remplis de narcisses et
Les vaches rousses font tinter leurs cloches comtoises.

Allongée sur ma chaise longue,
Je croise et suis la foule des gens pressés
Dans les couloirs du métro.

L'odeur des narcisses se mêle alors étrangement à celle des transports parisiens.


sourire du coeur (15 juil. 2008, écrit en 2006)
Je monte les marches rapidement.
La lourde porte est difficile à pousser tant elle est immense et lourde.
Je me retourne, un vieil harki triste me suit à deux marche de distance.

Je lui tiens la porte et lui souris.
Un sourire éblouissant me remercie,
plus pour le sourire sans doute que pour la porte.

Je m'en souviens encore.

au loin (15 juil. 2008, écrit en 2006)
Aboiement lointain des chiens,
Avions qui passent au creux des nuages,
Même au fond du vallon, le bruissement de la vie nous rattrape.

sérénité fugace (15 juil. 2008, écrit en 2004)
Dans son landau, l'enfant sourit.
A la terrasse du café, les amoureux musardent.
Les oiseaux piaillent. Sérénité fugace.

la rue grouille de monde (15 juil. 2008, écrit en 2004)
essai de marabout
La rue grouille de monde
Le monde circule mal : chacun se heurte à l'autre.
Des heurts naissent les étincelles.
Les étincelles provoquent la fuite.
La fuite fait que chacun va chez soi.

Chez soi ? oui, chez lui,
chez lui au calme.
un calme qui pèse.

S'il pèse, on cherche à le fuir :
pour le fuir, on sort de chez soi.

chacun fait la même chose,
et alors

La rue grouille de monde

histoire de @ (14 avril 2008)
amis virtuels

To@  & mo@
@imons correspondre
@ coup de m@ils
@vec tous nos @mis virtuels


Vive l'@mitié m@illienne !
@h !  Vive Internet

(cliquez sur la photo, vous verrez l'un des écrans)

une chambre de rêve(1e mars 2008)

Cette bulle me rappelle l'atelier où j'ai raconté mes lieux d'endormissement

Placée comme un nid d'aigle en haut d'un grand immeuble parisien, une pièce toute ronde en murs de verre, voici ma chambre de rêve.

Un grand lit à roulette me permettrait de choisir sa position en fonction de la luminosité ou de mes envies de paysage ou du choix du meilleur nuage.

Une pièce toute de blanc vêtue, une moquette très épaisse, une chaleureuse fourrure comme dessus de lit.
De lourds double-rideaux en laine blanche pour se recroqueviller sur soi-même certains soirs de spleen.

Deux ou trois chevalets porteurs de tableaux colorés.
Et dans un coin une pile de livres à lire.

Pardon ? Que dites-vous ? idiot ? Un rêve n'est jamais idiot ! il est une utopie qui aide à supporter la grisaille de la réalité.

réveil (23 août 2007)
inspiré par un haïku de Martine

Dans une chambre aux vieux meubles patinés, allongée sur les draps aux belles dentelles, le soleil illumine la fenêtre et inonde la chambre si douillette.
Des voix aimées bourdonnent en fond, les tourterelles roucoulent.

Comme une enfant redevenue, ma main capte les rayons de lumière. La voix de ma grand-mère me sussure de l'au-delà Allez ma toute belle, la mer s'impatiente de ton absence.

Las ! ma grand-mère n'est plus, la maison n'est plus qu'un fantôme et l'été se refuse à nous. Mais comme un rayon de soleil, le haïku de Martine m'a redonné un instant d'autrefois, un fugace moment de bonheur.

... moralité de l'histoire, un écran d'ordinateur peut être objet de transport vers le passé et l'écriture rend le passé présent.

fêlure de vie (20 nov. 2006)

Notre vie est comme un saladier où nos actions se mêlent et s'entremêlent.
La sauce dont nous les agrémentons est plus ou moins réussie, plus ou moins relevée, pimentée.

Tout ceci petit à petit raye le saladier.
Il y a les petites rayures qu'un bon coup de lustrage camouflera, il y a les coups qui marquent le bord lorsque nos mouvements ont été trop brutaux. Il y a les griffures profondes, celles qui trahissent nos propres fêlures et celles que nous avons infligées aux autres.

C'est au mitant/mi-temps de sa vie que le boomerang de nos actions nous revient. L'on se rend compte alors de toutes leurs imperfections, de leur inefficacité ou de leur mauvaiseté. Quelques unes parfois en atténuent heureusement la grisaille.

j'aime à penser (20 nov. 2006)
J'aime à penser que les ondes de nos pensées aident nos morts à trouver leur voie.
J'aime à penser que les ondes de nos pensées leurs sont agréables.
J'aime à penser que grâce à elles, ils ne peuvent nous oublier tout à fait.
J'aime à penser à eux non par nostalgie, mais comme moteur de vie.
Juste comme un pied de nez à la mort !

brume(20 nov. 2006)
Surgissant de la brume de froidure,
Quelques formes grises,
Fantômes d'un village
Semblent ouvrir la porte
D'un ailleurs angoissant

la vie n'est qu'un... (15 nov. 2006)

La vie n'est qu'un chemin. Il est plus ou moins bien pavé, plus ou moins long. Il mène sûrement quelque part, mais où ? Là est la question latente, existentielle, fondamentale.

La naissance n'est qu'un croisement que l'on a pris mais nul ne sait quel est le chemin parcouru pour arriver à ce carrefour. Et ce chemin, comment était-il ? Etait-il plat et facile ? Montait-il en pente rude ou descendait-il doucement ?

La mort n'est qu'un départ vers un ailleurs inconnu. Faut-il en avoir peur ? L'attendre impatiemmment ? Faut-il la provoquer ? la devancer ? La mort pour nous n'est qu'un point d'interrogation. L'imaginer avec nos cerveaux humains, est-ce bien raisonnable ? Mais la vie sans la mort, est-ce envisageable ?

Ainsi, comme l'a si bien dit Simone Weil (2), nous sommes en transit sur cette terre. A nous d'être des passagers attentifs, appréciateurs, aimants et captivés. A nous la responsabilité de garder intact ce capital fantastique qu'est la terre. A nous de profiter au mieux de cette étape d'une vie autrement plus longue, autrement plus riche que cette expérience terrienne. Le vrai drame c'est de ne pas être assez conscient que cela n'est qu'un passage. (3)

ressourcement dans un jardin des villes (oct. 2006)

Des bancs ensoleillés.
Dans un coin abandonné, je repose ma peine et de loin mes yeux enregistrent la vie : elle est bien là, qui court, joue, se ressource, aime et rit.
L'espace des jeunes enfants est plein de joyeuse animation.
Des parents inquiets se lèvent à tout bout de champ ; d'autres papopent, oublieux de leur descendance qu'ils s'esclaffent, s'énervent ou pleurent.

Bruissement lointain de la circulation et de la ville qui semblent 'en décalé'.
Un manège calfeutré tourne lentement sans que j'entende le son de sa musique.
Même le jet d'eau est atone à mes oreilles.

Dans les allées "fréquentées" un va et vient incessant de ceux qui "coupent" par le jardin... les pressés, les flâneurs, les conquérants, les fatigués.
Derrière une haie épaisse, j'aperçois les cheveux d'un couple d'amoureux perdu dans sa bulle.
Des grands mères se racontent leur longue vie et leurs maris jouent aux boules dans l'espace réservé, souriants, contents d'échapper à leur tyrannie.

Les arbres s'étirent et étendent leurs branches.
Les parterres fleuris s'imprègnent des rayons du soleil.
Et moi je savoure cet instant qui m'évite de penser aux évènements tristes que je viens de vivre.

La vie est là, elle sourde, elle me frôle. Courage, bientôt elle m'absorbera à nouveau. Mais différemment.

transmission du relais (juillet 2006)
(bulle dédié à Mathilde)

Tu es le relais du passé au futur,
Sans qui nos ancêtres seraient définitivement morts.
A toi qui construira le monde de demain,
A toi qui connaîtra ce que je ne verrai pas,
Bienvenue dans ce monde de oufs

en suspension (juin 2006)

L'oiseau chante,
L'air est translucide
L'esprit est léger.

L'oiseau se tait,
Le silence crie
Tout est suspendu

violence d'orage (juin 2006)

Le bruissement du vent dans les sapins est une symphonie de vagues vertes.
Le ciel s'obscurcit,
D'un coup la fraîcheur s'installe.
Zig-zag dans le ciel sur fond de ciel gris.
Le silence s'intensifie.
Bruit apocalyptique, le tonnerre gronde.
L'orage est là.

vie de sirène ? (mai 2006)

Allongée sur le filet du catamaran, je déguste tout à la fois le clapotis des vagues, la caresse du soleil, la suspension entre mer & ciel, une présence amicale.
Enfin, les noeuds du stress se dénouent, les pensées au troisième degré régressent de deux crans, l'esprit libéré folâtre.
Le passé s'estompe, naguère est remisé à plus tard. Ne reste que ce bel instant de détente.
Est-ce là la vie d'une sirène : rafraîchir ses écailles dans la douceur de la Méditerrannée, dorer sa peau sous le bleu du ciel et ne penser qu'à l'instant présent ?

instants de vie catamaranesques (mai 2006)

A la proue du navire - mais peut-on encore parler de proue au singulier ? un s s'impose sur un catamaran - il fait bon sentir le vent fouetter ses joues.
Le lien filet entre la paire d'ailes nous tend ses bras et doucement bercésn, nous sommes trois à en profiter. L'un photographie les voiles, l'autre bouquine, la troisième rêvasse.
Le quatrième, tout heureux et fier comme Artaban, s'entraîne à barrer. Il s'applique car s'il veut qu'on lui rende sa casquette libérée de la croix orange qui raye le mot "skypper", il doit faire ses preuves.

Mais au bout d'un moment, nous les femmes, préférons tremper nos pieds dans l'écume des deux étraves, qui fait douce musique.
Deux goelands rasent l'eau à la recherche du poisson idéal.
Instant de confidences et de bien être.

Allons, la mer n'est plus étale. Elle nous chasse de notre refuge. Elle s'énerve, détend ses muscles et nous secoue. Le catamaran fuit la côte aride et ses rochers. Le vent violent nous fait frissonner.
Au loin, des voiles inclinées rompt la ligne d'horizon. Mais elles sont du genre "un coup je te vois, un coup je ne te vois pas".
Notre estomac, discrètement, se rappellent à nous. Bien couverts et toujours à l'air libre, Josy nous chouchoute avec un petit goûter requinquant qui nous aide à garder le ventre marin.
Chacun se plonge dans ses pensées et stoïque attend la prochaine étape. Nous y retrouverons l'été, c'est sûr, puisque notre skypper souriant le dit.
Imperturbable, notre barreur amateur resté en chemisette barre toujours sous la surveillance attentive de Thierry.

Un phare approche, nous passons le cap. La mer se calme, le ciel se fait moins contrarié et la mer plus clémente.

verdure (août 2005)

Au milieu
Une clochette me fait signe
Plus loin une ombellifère se cache derrière une ronce
Le rose criard d'une digitale interpelle le regard
Tandis que les douces myrtiles tapissent le sol.

animation silencieuse (août 2005)

Dans la douce chaleur estivale
Le battement des ailes du papillon
Les élastiques sauts de la sauterelle
Le vol plané de l'oiseau de proie
Le cheminement de la coccinelle
L'éclos des pétales de la rose
sont autant d'animations silencieuses
Reservées aux attentifs de la vie

c'est le printemps (avril 2005)

Débauche de verts tendres des feuilles,
Espaces de vert cru des prés.
Touches pointillistes de blanc ou de rose.
Taches jaunes des jonquilles.
Soulignement du marron des retardataires.
L'air léger, par un vent guilleret,
nous glisse à l'oreille : c'est le printemps !

trois chinois, instant suspendu (2004)

Trois chinois en céramique bleue posés au coin du meuble.
L'aïeul, le père, l'ado. Ils semblent venir de la nuit des temps.

Que voici un cadeau qui ravit mon coeur.
Chaque jour l'un ou l'autre a droit à un petit bonjour, à une demande de conseil, voire à une enguirlandade.

Et puis, une nuit pour regagner incognito mon lit, j'avance prudemment dans la nuit.
Soudain, mes mains tendues en avant heurtent un obstacle imprévu.

Dans ma tête, je hurle NOOOON et à l'aveuglette cherche à rattraper celui qui court à la mort.
Une fraction de seconde je crois avoir réussi.
Une fraction de seconde, j'entends un bruit mat.
Miracle de l'instant suspendu : l'aïeul a survécu, mieux, il est indemne !

photo du trio

campagne silencieuse ? (2004)

Douceur des chants des oiseaux.
Ballet de tracteurs ou de tondeuses,
Le ronronnement métallique étouffe parfois leurs trilles.
Qui a dit que la campagne est silencieuse ?

sourire (août 2005)

Je souris,
Tu souris,
Nous sourions.
Sourire, douceur de vie.
L'arbre fleurit,
S'épanouit.
Sourit.
Promesse d'avenir.

la forêt (2004)

De vieux troncs en jeunes pousses,
de jeunets en vieillards,
des bébés aux morts,
du printemps à l'hiver,
la forêt s'offre à nous.

blason auvergnat (2004)

Jaune des genêts, des pissenlits et des coucous ;
rouge des myrtilles et des airelles ;
vert des sapins.
Saupoudrage du blanc des pâquerettes.
Sur fond d'azur.

musiciens je vous aime (2004)
trois textes sur le piano, le violon, la trompette.

1. mystère pianistique

Un homme assis, seul, sur l'estrade.
Face à lui, un mystère de bois et d'ivoire que ses doigts déliés caressent, massent, frappent, supplient, assomment ou maîtrisent tour à  tour.
La foule immobile absorbe la musique comme un nectar divin.
Quel est ce mystère ?


2. l'hommage

Une femme debout se détache devant l'orchestre.
Blotti au creux de son cou, un violon.
Tour à tour agité, tumultueux, caressant, tendre ou furieux, son archet semble vivre sa propre vie pour mieux faire chanter son violon.
Après un long silence, la foule se lève comme un seul homme et frénétiquement applaudit à  tout rompre.

Bel hommage !


3. marionnette du souffle

Agité comme une marionnette,
L'homme souffle dans sa trompette, astiquée comme un sou neuf.

Tour à  tour tempêtant vers le ciel ou suppliant la terre, l'instrument semble absorber toute la vie du trompettiste.
L'un et l'autre se confondent pour ne plus former qu'un seul être : le jazz.

Au dernier souffle, épuisés mais heureux, ils semblent se remercier l'un l'autre.
La beauté simple de l'objet aux reflets dorés reflète l'amour qu'il inspire et souligne le respect de celui qui sait si bien le magnifier.

les mains (août 2005) (1)

Vous croyez que vos mains vous obéissent parce qu'elles font les gestes que vous leur demandez ? Que nenni, car elles sont messagères de sensations, d'états d'âme. En effet,

Des mains se reposent
Des mains parlent
Des mains tremblent
Des mains résistent
Des mains s'appliquent
Des mains se croisent et s'entrecroisent
Ce sont des mains vivantes

Des mains tatonnent
Des mains s'étonnent
Des mains hésitent
Des mains s'alarment
Des mains se dérobent
Des mains temporisent
Ce sont des mains souffrantes

Des mains se moquent
Des mains aveuglent
Des mains déchirent
Des mains se ferment
Des mains frappent
Des mains griffent, blessent, ou tuent
Ce sont des mains haïssables

Des mains se cherchent
Des mains amadouent
Des mains se tendent
Des mains calinent
Des mains caressent
Des mains étreignent
Ce sont des mains aimantes

Des mains dessinent,
Des mains écrivent
Des mains rythment
Des mains sculptent ou
Des mains peignent :
Ce sont des mains artistes

Ainsi, qu'elles soient douces, rugueuses, veinées, tachées, ridées, soignées, négligées ou abandonnées, elles ont une vie propre et trahissent sans vergogne leur maître.

angoisse (août 2005)

Quand le cerveau fait des cachotteries comme un moteur a des ratés puis qu'un brouillard dense s'y diffuse lentement, quand peu à peu il reste silencieux et qu'il évolue vers un noir profond

==> c'est la mort à la vie - pire que la mort tout court - qui supprime l'esprit et sauvegarde l'enveloppe.

A partir de quel seuil considérer qu'il ne s'agit pas d'une facétie de notre intellect ?
Comment savoir si notre esprit commence à nous "lacher" ? A partir de quand donner un sens clinique ?

Un dérapage programmé qui va du simple au pire :
- chercher ses mots, négation de sa culture ?
- ne pas sentir ses lunettes sur le bout de son nez, comble du ridicule ?
- oublier ce que l'on vient de faire ou ce que l'on devait faire et se faire traiter ...d'étourdie ?
- ne pas remarquer que l'on croise quelqu'un que l'on connaît et être traitée de mal ...élevée ?
- mettre ses clés dans le frigo, absurdité absolue ?
- avoir des trous dans ses souvenirs et perdre ainsi son âme ?
- ne plus connaître ses proches, horreur totale, summum de l'abomination ?

Quel crescendo dans l'oubli ? objets ? faits ? évènements ? personnes ? soi-même ?

L'angoisse absolue devant cet inconnu si morbide, si infâme.
Une descente aux enfers de son vivant. Quoi de plus cruel ?

lecture (août 2005)

Moi vingt ans, elle quatre vingt.
J'aime ma vieille cousine malgré ou à cause de notre différence d'âge, je ne sais pas. Ou pour raison chromosomique commune ? allez savoir ?
Et j'ai toujours plaisir à aller lui rendre visite. A papoter. A échanger. Grâce à elle j'en sais bien plus sur les dernières nouveautés du monde ou les derniers tubes à la mode. Cette soif qu'elle a de vivre avec mon temps me fascine. Il semble qu'il soit toujours le sien. Cela m'étonne.
Echangeons aussi tonus de jeunesse contre sagesse de vieillesse et vice versa. Nous en sommes émerveillées l'une et l'autre.

Mais ce qui m'hypnotise ce sont ces piles de livres en équilibre posées n'importe où, envahissant chaque espace, les murs tapissés d'étagères surchargées.
Monceaux de savoirs, amas de poussières.
Un rayon de soleil, la poussière scintille ; un rayon de pluie, l'antre est sombre.
Par ce temps instable d'automne, la cheminée scintille de mille feux oranges et grésille de la résine du bois.

Le vieux canapé près de la fenêtre me tend ses bras. L'envie furieuse de m'y blottir, un bouquin à la main me prend à chaque fois.
Et sitôt fait, sitôt le chat de gouttière vient réchauffer mes cuisses. Entente parfaite entre lui et moi.
Accords de ronronnements : le félin et le bois ronflent de concert. Et parfois la gorge de ma cousine s'en mêle.
Au loin un rythme de jazz...
Stop. Bonheur parfait.

Et quand je repartirai, j'aurai "quelques livres" dans mon sac... histoire de désengorger ses étagères et de remplir les miennes ! Mais ne vous inquiétez pas, je lui aurai apporté quelques spécimens qui réjouiront son coeur en mon absence.

costume-cravate joueur

Un "costume trois pièces-cravate" sérieux ;
Sur le canapé, le petit enfant l'interpelle.
Le grand-père à genoux joue au chien et aboie, poursuivant l'enfant.
Tous deux rient aux éclats.

femmes fanées

Les années passent. Je me ride. Rien que de naturel et tribu à payer au temps utilisé à mieux faire que de me tartiner de la crème nourricière matin & soir. Je les accepte comme un moindre mal par rapport aux maux douloureux qui pourraient être. Sans remords.

Et ce même temps utilisé à des choses moins futiles (?) n'a pas été mieux accordé aux longues poses côté pile, côté face pour noircir et illustrer le temps passé sous le soleil. Ne rien faire d'autre pendant des heures que lever le menton, écarter bras et jambes pour mieux répartir le bronzage, très peu pour moi. Toujours sans remords.

Cela me fait penser à ces femmes de tous âges et que vous voyez la peau ratatinée, quelle horreur !
Certaines ressemblent à des momies démaillotées, le visage tout fané, tout tané, tout desséché.
On n'ose même pas les embrasser de peur de faire éclater une peau qui semble si fragile ou d'avoir ses propres lèvres déchirées. Et pour cela, pas de remords.

D'autres, voire les mêmes, mettent des décolletés ou pire encore pour bien montrer leur bronzage. Se regardent-elles dans une glace ? elles verraient de longs sillons plus ou moins profonds qui les vieillissent bien au-delà de l'âge qu'elles ont.
On a envie de leur dire : "cachez cette laideur à la limite de la monstruosité et de l'obscénité". Et l'on n'aurait aucun remords.

J'ai vu ainsi sur une plage méditerranéenne la mère, la fille et la petite fille. Elles se ressemblaient étrangement par leur peau noire et abîmée. La traduction des strates de génération n'étant due qu'à une exposition au soleil plus ou moins longue selon l'âge. Ainsi toutes les trois en monokini exhibaient trois corps boucanés qui provoquaient vraiment de la répugnance.

Quel gachis de s'abîmer ainsi... De quoi pour elles avoir vraiment des remords. Mais encore faudrait-il qu'elles soient un tant soit peu lucides.
Et moi, je n'en ai toujours pas ! manquerais-je de lucidité ???

histoire de venin

Les gens sont comme des serpents.
Les plus terribles sont comme des mambas verts ou des cobras : leur venin vous foudroient.
Certains sont des boas : ils vous étouffent de phrases, d'attentions, de vacheries ou de tendresse.
Beaucoup tuent plus sûrement que la maladie. A petit feu ou d'un coup.
D'autres sont comme des vipères : leur piqûre peut être mortelle mais les antidotes existent. Toutefois, la morsure laisse des traces.
Ces derniers, moins dangereux, vous font du mal mais vous en guerissez. Leurs mots sont des morsures cicatrisables.

Se méfier doublement : car si je parle de serpents, araignées, poissons ou grenouilles viennent compléter la faune dangereuse. Et se serait trop simple de penser que l'appareil à venin ne se trouve que dans les glandes salivaires : toucher la peau peut suffire à vous tuer !

L'être humain peut être tout aussi venimeux. Vous connaissez l'expression "crache ton venin" ? Il peut être prudent en effet de chercher à faire cracher leur venin à tous ces prédateurs à deux pattes mais à condition de bien s'y prendre et de s'immuniser préalablement... quoique... l'immunisation est-elle certaine ?

un nid

photo d'un nid

La glycine ensourcille les fenêtres du salon.
Son volume imposant a inspiré des oiseaux : ils ont fait leur nid le pensant invisible.
Un beau nid bien structuré, à la forme régulière.

Notre présence les surprend et les dérange.
Mais ils persistent et ils ont raison : ce n'est que le temps du week-end.

Merci de nous avoir fait ce cadeau.


Crayon suspendu

hou hou... ne m'oublie pas me dit mon crayon

Tandis que l'oiseau de proie surveille son monde depuis tout là-haut, j'écris nonchalamment allongée dans ma chaise longue.

Détournant mon attention une bande de fourmis prend mon bras pour un tobogan. Le temps d'une pichenaude, une araignée sympa aux longues pattes - arrivée d'on ne sait où - est venue surveiller depuis la ligne du dessus les lettres que mon crayon a dessiné.

A la lisière du bois les mésanges s'en donnent à coeur joie pour un concert éblouissant, mais à leur grand dam le boulanger annonce son arrivée à grands coups de klakon. Imperturbables des papillons ivres vont et viennent au-dessus du gazon qui ondule. Mes yeux louchent, mais apprécient la danse.

Et tandis que les grillons prennent la relève des mésanges effarouchées, ma voisine surgit à l'angle de la terrasse, sourire aux lèvres.


petit coin

Il y avait dans la maison un lieu de prédilection pour confidences.
Un petit coin où assis sur un tabouret inconfortable l'un d'entre vous venait s'asseoir pour papoter de tout et de rien, pour se confier ou parler de choses fondamentales comme de messages à faire passer.
Vingt centimètres plus loin je m'activais à l'évier à préparer le repas.

C'était dans la cuisine un espace réservé entre le placard, le mur et la plaque électrique. Un "U" où seul le fameux siège avait sa place. Un centimètre de moins et adieu aux bavardages.

Ce tabouret était pourtant source de complication : pour ouvrir les tiroirs, il fallait le déplacer. Mais pas question de l'enlever. C'était notre coin. Celui où un contact particulier s'établissait entre nous, celui où l'on pouvait raconter tout ce que l'on voulait en se sachant écouté.

Il est des lieux magiques où - alors que rien n'a été calculé - il passe un courant particulier qui permet d'échanger, de discuter, de murmurer.

Un instant de tendresse au milieu de vies trépidantes. Un moment vrai.
Un bonheur simple. Un bonheur familial. Un vrai bonheur.

rêve prémonitoire

Je m'endors tranquillement.
Un télégramme. Vite, je déchire le papier bleu. Sybillin.

J'arrive demain.

Qu'est-ce que c'est que ce rêve débile ?
Mais quelque part dans ma tête, si...
Journée agitée au bureau. Retour tardif à la maison.
Lecture de détente sur un canapé inconfortable.

Coup de sonnette.
???
Aurais-je oublié un rendez-vous ?

Intriguée, j'ouvre la porte... et me trouve nez à nez avec un fantôme porteur de fleurs.
Deux ans de silence entre deux bouquets.


mots de fou

Place de la Gare,
Regards égarés.
Gare aux épinards,
Egards ringards.
Place de la Gare,
Gare aux égards.
Regards ringards,
Epinards égarés.


sOldes

Soldes avec un "O", mais quel O ?

comment ne pas aimer les soldes ?
sldes
soldes pour enfants
(ballon à venir)
soldes ensoleillées
(soleil à venir)
soldes vacanciers
(parasol à venir)
soldes chaudes
(glace à venir)
soldes américaines
s$ldes
soldes européennes
sldes
soldes informatiques
s@ldes
soldes finales
s.ldes
soldes hésitantes
s?ldes
soldes danoises
sØldes
soldes couvertes
(chapeau à venir)
soldes fleuries
(bouquet à venir)
soldes dérision
(poubelle à venir)
soldes smileys
s;-)ldes


humour sur le dos du lézard

La lézarde regarde son compère le lézard tandis qu'ils lézardent sur la lézarde du mur.

 

17 ans

Un jour, une paire de mocassins.
Plus tard une chemise de soirée.
Quand notre emploi du temps commun le permit, un blazer chic.
Puis un pantalon gris.
Noeud pap incontournable.

Au fil du temps, tu te préparais,
tel un puzzle, à une soirée élégante.
Mère en mission, fiston impatient.

Puis vint le jour J.
Un rasoir qui cherche encore un peu les poils.
Astiquage général digne d'un raout mémorable.
Un peu de sent-bon paternel.
Nous entendions les ablutions, ce qui nous amusait.

Et te voilà, surgissant au salon, prêt à partir.
Père et mère figés, interloqués, se regardent.
Notre petit, ce beau jeune homme ?
Mais c'est hier que nous sortions avec le même pas conquérant...
Mais c'est hier que tu es né !

Premier coup de vieux.

griserie

Avoir seize ans. Un vélo. Et filer comme une flèche le long des dix kilomètres de descente.
Entendre le doux frôlement de la grande jupe de soie qui bruisse au vent.
Voir les arbres défiler à toute allure. Sentir le vent frais sur le coup de soleil. Négocier les virages à la corde.
Noter un coup d'oeil masculin au passage.

Mordre dans la vie.
S'essayer à deviner son avenir encore tout en devenir.
Ah... seize ans...

la paix

Dans un internat cadurcien, cinquante élèves en blouse rose entrent en "étude".
Avec impatience car en terminale le travail ne manque pas.
Dans la salle étroite et toute en longueur, chacune planche sur ses livres et s'active dans son coin.
Parfois un chuchotis, une chute de crayon viennent interrompre le silence.

Aussitôt la pionne rousse s'agite : "Mesdemoiselles, taisez-vous" dit-elle de sa voix de stentor au fort accent d'Oc.
Et comme un interrupteur enclenché, elle répète cinq fois, dix fois.

Agacées. Exaspérées...
Je craque : "Mais arrêtez de dire ça, vous faites cent fois plus de bruit que nous et cela nous empêche d'étudier".

Bon, d'accord, cela m'a valu une retenue... mais au moins nous y avons gagné la paix.

joli coeur

Et que je te fais le joli coeur.
Et que patati, patata.
Et que moi ceci, je cela...
Et que je te vous la regarde avec des yeux de merlan frit.
Et elle, sagement, calmement, écoute, écoute, hoche la tête.

A la sonnerie du téléphone, surpris, il sursaute.
Elle, imperturbable, le porte à l'oreille, répond "oui, tout de suite".

Et sans sourire, sans gêne, elle lui dit "désolée, une urgence".
Se lève et s'en va, le laissant tout esbaudi de son échec.

hall de gare

Dans le hall animé de la gare, les gens s'agitent.
De grosses valises filent sur leurs roulettes.
Deux pompiers courent au même rythme.
Un groupe de jeunes, sacs au dos tels des escargots bousculent ceux qu'ils croisent.

Plus loin, sur les bans style noyaux de pèche, des gens patients attendent... leur train ? un ami lointain ? juste respirer l'air de la gare ?
Un chien tire sur sa laisse, entraînant son maître amorphe.
Quelques zombis vivent ailleurs, collés à leur téléphone.
Devant le panneau indicateur, les nez se lèvent. Certains se mettent à courir. D'autres se figent dans leur contemplation des changements d'inscriptions.
Quelques hommes d'affaires, la démarche pleine d'assurance, s'avancent calmement.

Une maman, la poussette, l'aîné qui trottine à côté, un lourd sac à la main, un autre à l'équilibre instable au-dessus de la tête du bébé slaloment pour éviter gens et paquets. Personne ne semble la voir.
Et ses mains sont trop occupées pour empêcher sa jupe de s'envoler suite à un coup de vent.

Le monde entier semble s'être donné rendez-vous : une étiquette du Sri-Lanka sur une valise, une martiniquaise dans sa jolie tenue colorée, un couple d'asiatiques à l'air stoïque, deux noires dans leurs boubous rient aux éclats, une musulmane au voile sombre se cache derrière son niqab.
Au bout d'un long bras, un sac publicitaire pour un magasin new-yorkais.
Pendant que la joyeuse sonorité de l'espagnol d'un groupe qui passe apporte un grand rayon de soleil.

le pêcheur

photo & texte de Pixis. Cliquez pour la voir en plus grand

frémissement de printemps

Plantés comme des brindilles desséchées, les arbres nus laissent voir nids de corbeaux et boules de Gui. Un ciel gris et bas n'arrive pas à ternir le vert flambant neuf des prairies.

Les mottes de terres semblent plus mousseuses, comme soulevées par une vie qui sourde, impatiente de voir le jour.
Les oiseaux ne s'y trompent pas et viennent fureter fiévreusement.

Et soudain une féerie de branches nues couvertes de fleurs légères posées comme des papillons s'agitent doucement.

Comme pour faire une blague la blancheur rosée de leurs pétales ressemblent à de la neige.

bas et lourd, dirait Baudelaire

Bas et lourd, un ciel où zigzaguent les éclairs.
Eblouissement apocalyptique.
Bruit permanent des branches agitées en tous sens.
Vacarme assourdissant des coups de tonnerre qui se rapprochent de plus en plus.
La fraîcheur subite nous a fait frissonner, et notre course éperdue sous la pluie drue et de plus en plus froide ne nous réchauffe pas.

Ah l'horreur de ces vêtements trempés, lourds d'humidité glacée ! Et ces chaussures qui font floc floc à  chaque pas ! ... que la maison semble lointaine !

Ouf ! quel régal : douche bien chaude, douceur de l'éponge épaisse, bonne odeur de l'eau de toilette de ma grand-mère.

Alanguis sur le canapé, nous savourons notre thé à l'orange brûlant, fascinés par la mouvance des flammes et le crépitement du bois.
La musique de jazz s'harmonise au feu, voici un instant de bonheur parfait.

brouhaha de cour d'école

Dans ma chambre d'étudiante, plongée dans mes bouquins, le vacarme des enfants qui jouent dans la cour de l'école renforce le calme de mon antre.
Les cris stridents ponctués d'un long brouhaha ne peuvent perturber ma concentration.
Ils effacent simplement ma solitude.

affres maternelles

La maison est calme.
Les enfants jouent gentiment.
J'entends leurs pépiements et leurs rires.

Un long silence.
Je lève la tête, inquiète.

Un cri et un boum au plafond me font bondir de mon fauteuil.

printemps

Ciel bleu, soleil éblouissant,
Fraîcheur printanière.
Mon coeur nettoie ses scories hivernales.

problème de pantalon

Sur la scène, les danseurs s'éclatent.
Le rythme s'accélère.
Les spectateurs tapent dans leurs mains.
Le fou-rire me prend : l'un des artistes est tendu,
sa main retient son pantalon.


printemps

Allongée sur la mousse dans le bois, le vent léger fait bruisser les branches.
Un oiseau gazouille. Un nuage s'effiloche silencieusement.

Un coucou me fait coucou et insiste, puisque je ne lui réponds pas.
Un tracteur passe au loin, juste pour me rappeler que d'autres travaillent.

Calme parfait.

reflet

Reflet d'un visage.
Beauté du paysage qui défile.
Je sursaute : il me vole lui-même mon reflet !


indifférence au monde (11 juin 2004)

Cahin caha
les pigeons trottinent indifférents au monde,
les enfants trottinent indifférents au monde,
les aïeuls trottinent indifférents au monde ;
chacun dans son monde.
Et le monde, lui ?
Il oscille et attermoie entre ces mondes
Et ne s'intéresse qu'à son propre monde

(1) Tout est parti d'une très belle phrase extraite d'une chanson de Charles Trénet : "mes mains dessinent dans le soir la forme d'un espoir qui ressemble à ton corps (...)" que je fredonne souvent. (retour)

(2) "Ce monde est une porte fermée. C'est une barrière et en même temps, c'est le passage" (extrait de "Cahiers" (source : citation faite par Hélie de Saint-Marc dans son livre Mémoires, les champs de braise) (retour)

(3) Que peut être ce monde inconnu ? une tentative de réponse en reprenant et modifiant ma phrase faite pour les Francophonies 2006 :

Faire escale outre ciel, cela veut dire savoir tresser des années-lumière, transformer en symboles et accents une langue d'extraterrestres, étancher la soif mercurienne des martiens, badiner joyeusement avec des masques robots flamboyants, et voir dans ce monde bizarre nos vies devenir comme un kaléidoscope géant.
(retour)


MAJ mercredi 3 février, 2010

Merci de passer par le blog...