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PIXIS
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bulle
le nombril
Je suis l'un des lieux les plus modestes qui soient de votre corps, voire même
celui que l'on oublie complètement. Vous oubliez que je suis celui par lequel vous vous êtes construit(e)s
pendant neuf mois, neuf longs et joyeux mois.
Car je suis l'ultime trace du cordon ombilical qui vous a relié à votre
mère alors que vous n'étiez qu'un(e) vulgaire squatter. Je vous apportais nourriture et oxygène.
Lorsque est arrivé le moment fatidique où l'on a coupé votre cordon ombilical, que l'on vous
a définitivement séparé(e) de votre mère, ce moment où vous êtes devenu(e)
définitivement une personne en tant que telle, un "individu" à part entière, de cet
instant vous n'avez gardé aucune trace mémoriale et pourtant mémorable.
A part les quelques jours
qui suivent la naissance où les mamans attentives vérifient la bonne cicatrisation, plus personne - pas
même vous, ingrat(e) que vous êtes - ne pensez à moi particulièrement.
Que je sois
en forme renversée de jolie coquille d'escargot, que je sois un trou grossier, une fine fente où une
légère excroissance, nul(le) ne me prête attention. Personne pour me féliciter d'être
si mignon. Alors que votre chéri(e) vous félicitera pour votre pied égyptien, vos joues rebondies
ou vos lèvres fines.
Même lors de vos toilettes, vous ne m'accordez ni crème parfumée
particulière, ni caresses douces avec votre crème de corps. Aucun soin particulier hormis un coton tige
parfois pour les plus perfectionnistes. Ce n'est qu'au détour d'une opération fortuite dans la zone
médiane de votre corps qu'un infirmier me badigeonne fermement de ce produit rouge qui ressemble si fort à de
l'éosine. vous savez ce liquide rouge orangé pour soigner les petites fesses fragiles des bébés.
Comme
si je n'existais pas. . ou comme si. vous aviez honte de ce lieu fragile qui pénètre en vous.
Pourquoi
? Vous n'avez pas honte de votre propre sexe, lieu lui aussi très personnel que vous prêtez, confiez,
offrez à vos amours. Vous n'hésitez pas à le bichonner, astiquer. Parfois, il vous entraîne
dans des écrits ou des analyses complexes.
Pourquoi ne serais-je pas moi aussi source d'inspiration, de réflexion,
de bien-être ? Je suis la trace de votre venue sur terre, ce n'est tout de même pas rien, ne
trouvez-vous pas ?

MAJ
jeudi 11 mai, 2006
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