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historiette

dix ans après

 

Elle était là, seule devant la petite gare provençale perdue au milieu de la garrigue.
Attendant sans attendre. Comme si son corps était une enveloppe vide.

Elle ne tournait la tête ni à droite, ni à gauche. Ne montrait aucune impatience. Elle était là, debout, immobile dans sa petite robe démodée, insensible au soleil comme à la chaleur.

Après le son strident annonçant le départ du train, après le nuage de vapeur lancé à la tête du soleil, après le teuf-teuf de la locomotive au charbon, le silence était là, profond, sans cris d'enfants, bruits de moteurs ou chants d'oiseaux. Pas même un filet de bavardages à la terrasse du café où tous les regards convergeaient vers elle.
Même le clocher du village restait sans voix. Seul le cri strident des cigales faisait musique de fond, comme une suspension du temps avant le pire, comme un préparation psychologique dans un film d'horreur.

Au loin finit par retentir le grelot d'un cheval. Puis une vieille calèche décatie s'immobilisa devant elle.
Et sans un mot un homme tel une momie démaillotée lui fit signe de monter. Comme un roboïde, elle y monta sans qu'un seul regard n'ait été échangé entre eux.
La vieille jument repartit d'un pas tranquille. Et...

"Couououpez" hurla le metteur en scène.

L'adolescente que j'étais se réveilla frustrée de ne pas connaître la fin de son cauchemar

Dix ans plus tard, un groupe d'amis papotent joyeusement à l'entrée d'un cinéma.
Après une longue journée de travail, ils ont décidé de se changer les idées.
Quoi de mieux pour cela qu'aller regarder un vieux film que personne parmi eux n'a jamais vu, puis grignoter chinois ensuite ?

L'adolescente que je n'étais plus connut enfin la fin de son cauchemar. Il n'était qu'un bête film d'amour style "Nous Deux", comme elle en avait horreur - adolescente ou pas !

Le repas chinois fut animé et les analyses psycho-socio et autres "iques" se noyaient dans les rires et les taquineries !

A tout prendre, cela valait le coup d'avoir fait ce mauvais rêve pour bien rire dix ans après.

 


MAJ jeudi 8 septembre, 2005

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