qui suis-je ?...la petite curieuse

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Les liens du sang ne signifie pas amour spontané ou amour garanti.
Je suis tentée de dire que c'est à chacun de mériter l'amour de son cercle familial. Mais ce serait trop simplifier la chose, car parfois les atomes crochus n'ont rien à voir avec ce que l'on souhaiterait.
En tout cas une chose me paraît claire, les responsabilités sont toujours partagées.

C'est ainsi que trente ans après sa mort je m'interroge encore sur les sentiments que j'éprouvais pour l'une de mes proches. C'est cette interrogation qui m'interpelle et non le lien en lui-même car plus rien ne peut changer. L'essentiel étant que cela ne m'a pas traumatisée ; au contraire, cet état de fait m'aurait plutôt aidée à me construire.
Ecrire ces lignes m'a permis simplement de passer quelques instants avec elle, comme une mise au point pour un dernier au-revoir sans équivoque. Comme une explication que je lui devais depuis longtemps.
Il me semble que maintenant son sommeil éternel sera plus serein.

 

Grande prématurée, à une époque où la science ne pouvait rien, ta première maison fut une boîte à chaussures remplie de coton.
L'amour de tes parents leur tint lieu d'espérance et de bons conseils.

Couvée presque au sens propre, chouchoutée, tu éclosais dans un monde d'amour dont tu étais le centre. Cela t'était tout naturel. La vie t'était douce et pavée de tendresse.

Ton petit compagnon de jeu, d'ami devint mari. Son admiration et son amour te parurent tout aussi naturels. Il vous fallu sept ans pour faire votre petit garçon. Suis-je mauvaise langue en t'imaginant craintive et fuyante devant la maternité ? Mais une fois né, tu as aimé ce petit, à ta manière, absolue.
Tu ne concevais l'amour - me semble t'il - qu'à condition que l'être aimé ne vive que pour toi et sans réserve ; qu'il ne fasse rien à l'encontre de ta volonté.

Ton mari avait beaucoup de personnalité et a su faire face à ton despotisme. Sans nul doute a t'il été très précieux pour aider son fils à s'affirmer à l'adolescence.

Tu m'aimais parce que j'étais la fille de ton fils. Je ne suis pas certaine que cela ait été un amour spontané, mais bien plutôt un 'amour dû', comme un devoir en quelque sorte. Ou simplement parce que j'étais la continuité de ton fils.
M'as-tu gâtée ? oh oui, vraiment. Mais si maladroitement ! Car acheter un bisou par une promesse de cadeau ne me semble pas un moyen très adroit ni très sûr pour obtenir l'amour d'une adolescente.
En conséquence, j'ai souvent été dure avec toi et tu ne comprennais pas pourquoi, et parfois je m'en veux, car moi non plus au final je n'ai pas cherché à te connaître au-delà de ton égocentrisme.

Ma mère t'agaçait non pas pour ce qu'elle était mais simplement parce qu'elle était la femme de son fils. Eut-elle été différente que cela n'aurait rien changé. Et pourtant tu as eu beaucoup de chance d'avoir une belle-fille comme elle, car elle a partagé son foyer avec toi pendant vingt ans. Ne te fais pas d'illusion, tu n'as pas été un amour de belle-mère.

As-tu été un amour de grand-mère ? Je suis incapable de répondre honnêtement. M'aimais-tu pour ce que j'étais ? J'en doute tout à fait, cela t'était tout à fait indifférent, et si je faisais des choses qui ne te plaisaient pas, c'était bien sûr de la faute de ma mère.

Je t'en veux de cette sorte de jalousie que tu avais devant la générosite de ton fils, notamment lorsqu'il invitait ta soeur à passer l'hiver avec nous pour lui éviter la solitude. Comme tu étais dure alors avec elle ! Oh bien sûr c'était inconscient, mais il y a des inconsciences lourdes à supporter et qui mériteraient d'être signalées !

Je t'en veux aussi de n'avoir pas soutenu ma mère lorsque mon père a été hospitalisé pour une lourde intervention, à pleurnicher sur ton souci de le savoir malade. Je t'en veux de n'avoir pas su soutenir mon père lorsque Maman a été à son tour gravement malade en te rappelant constamment à lui pour qu'il ne puisse se consacrer pleinement à elle. Et je t'en veux pour m'avoir dit d'une voix plaitive que tu t'inquiétais pour mon père alors que je n'étais qu'angoisse pour elle.

Je t'en veux d'avoir toujours exagéré tes ennuis de santé, histoire que l'on s'inquiète pour toi car tu n'avais que de petits soucis de vieillesse,
Je t'en veux d'avoir envahi le couple de mes parents et je les admire d'avoir su faire face avec patience et fatalisme.

Je t'en veux de nous avoir si mal aimés, je t'en veux de ton égocentrisme, je t'en veux, je t'en veux ... et pourtant je t'aime bien. Nous aurions tellement pu faire mieux toutes les deux.
Et pourtant je te dis merci, car grâce à toi je sais ce que je ne veux être ni comme fille, ni comme épouse, ni comme mère, ni comme belle-mère, ni comme grand-mère !

Et comme d'hab, je te fais un petit bisou exaspéré mais aimant quand même.



MAJ lundi 1 octobre, 2007

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