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historiette

table 38 !

 

Ah, cette Jacqueline !
Je me réjouissais de ce colloque professionnel en sa compagnie. Rationnelle et gaie, sa présence compense ma fantaisie sans bride, et comme elle a beaucoup d'humour, notre entente m'est précieuse.

Un colloque qui réunit plus de cinq cents personnes exige une grande organisation. C'est ainsi que sur le plan de table du jour, nos noms figuraient à la table 38. Nous avions mémorisé le numéro la veille au soir au cours du dîner et vaguement repéré la salle concernée car à chaque jour table et salle attribuées diffèrent pour permettre le maximum de rencontres.

A la fin de notre première matinée de conférences, nous sortons donc d'un pas décidé pour aller retrouver forces et dynamisme au cours d'un repas régional qui s'annonce sympa (nous sommes en Alsace).

Lorsque je veux récupérer le plan, bien sûr il s'est noyé dans le stock de plaquettes en tous genres accumulées dans mon cartable au cours de notre parcours le long des stands massés à la sortie de la salle de conférences. "Laisse tomber" me dit-elle. "On va trouver facilement, je me souviens un peu du trajet indiqué hier".

Ah ouiche ! ce "un peu" aurait dû m'inquiéter ! Est-ce le cocktail généreux bu avant de quitter la salle qui influença la belle Jacqueline ? L'excitation de se savoir toute nouvelle grand-mère ? la fatigue du voyage ? le tout ensemble ?

Nous voici donc parties en suivant toute une troupe de gens papotant, laquelle au premier carrefour trouvé se disloque sans y prêter trop attention. Jacqueline fronce les sourcils. "Il faut prendre à droite". Bon. Sans avis sur le sujet, je suis sagement et nous reprenons notre conversation.

Absorbée par celle-ci (comment appliquer certains points entendus ce matin dans notre groupe) nous nous apercevons au bout d'un bon moment que nous sommes seules sur un chemin qui serpente au milieu de jolis bosquets. Mais plus personne à l'horizon... diable... nous décidons de revenir sur nos pas car nous avons dû rater une bifurcation.

Las ! pas plus de bifurcation que de beurre en branche. De retour dans le hall déserté nous cherchons une information quelconque à propos du déjeuner. Mais rien de rien, pas l'ombre d'une affichette sur le sujet. Et pas une âme égarée en ces lieux.

Je fais mine de re-chercher le plan, mais Jacqueline (qui connait bien mes "fouillis") s'impatiente : "non, non, on va bien trouver, il n 'y a qu'à prendre à gauche. Certes, après avoir pris inutilement à droite, cela peut être utile... mais il me semble me souvenir qu'il était question d'un car à prendre... "Mais non, dit-elle en riant, c'est le cocktail de tout à l'heure qui débride ton imagination, laquelle n'a pourtant pas besoin de cela". Bon - ô Jacqueline-la-raisonnable, je te suis.

Mon estomac est vraiment vide, à par ce cocktail qui me donne un peu mal à la tête. Et je soupçonne ma compagne d'être dans le même état.
D'un pas vif, nous voici à la recherche d'une salle problématique et d'une hypothétique table 38 dont le numéro passe au niveau d'importance secondaire.

Notre bavardage a cessé. Nos forces sont centrées sur la marche.
Ah, cette foutue table 38. Table 38. Table 38. Table 38. Table 38, nous martèle notre cerveau. Nous ne risquons pas d'oublier le numéra !

Subitement, elle me demande : "mais dis-donc, on ne doit pas retrouver Véronique à la table ? Cela va être sympa car voilà bien longtemps que notre groupe de miettes (*) ne s'est pas réuni". Je souris, ravie de cette perspective agréable et du fait que je n'avais pas oublié : "si, si, elle me l'a confirmé par mail" la rassuré-je.

Nos pas s'accélèrent encore. Au travers d'imposants troncs d'arbres nous apercevons un grand dôme. "J'ai faim, je dois dire" "Et moi donc ! je me sens d'attaque pour manger un kugglof à moi toute seule. Et ne compte pas sur moi pour partager" rit-elle en me voyant hocher la tête.

Stupéfaction en entrant : une serre, une immense serre, mais pas de tables à l'horizon. Interloquées, nous nous regardons.
"C'est un cauchemar ! c'est pas possible !"
Nous appelons... l'écho nous renvoie notre question. Le long du chemin zig-zaguant, de belles plantes s'épanouissent. Un papillon qui volette devant nous est absorbé par une belle fleur qui se referme sur lui.

L'impression d'angoisse grandit. Nous nous regardons très inquiètes. "Pinçons-nous" suggère Jacqueline. Aussitôt dit, aussitôt fait.

Et me voici haletante, au creux du lit, la main de mon homme en train de me secouer "réveille-toi, c'est rien, tu fais un cauchemar". "Jacqueline ?" "Ah désolé, ce n'est que moi" rigole t'il. Incroyable je cauchemardais que je faisais un cauchemar ! . Je souris doucement en pensant à la tête qu'elle va faire quand je vais lui raconter notre réunion nocture.

Zut. J"oubliais qu'elle était en vacances. Il me fallut donc patienter deux semaines avant de la retrouver à la cantine. Et après quelques informations générales, je lui dis : "table 38, cela te dit quelque chose ?". Elle me regarde surprise : "C'est drôle que tu me demandes cela, car j'ai fait l'autre nuit un cauchemar dont tu faisais partie"... et de me raconter ce qui nous est arrivé.

C'est exactement le même que le mien ! Seuls quelques détails diffèrent. Et nous l'avons fait la même nuit !
Soit nous mangeons trop souvent ensemble, soit ?? si vous êtes psy... expliquez-nous...

(*) Cette histoire de miettes remonte à un salon informatique londonien où au cours d'un thé nocturne Jacqueline, Véronique et moi réfléchissions sur ce dont nous avions le plus horreur dans les tâches ménagères. J'expliquais que les miettes me sont insupportables sur une table débarrassée et que je trouve vraiment injuste que tous les membres de la famille se défilent lorsqu'il s'agit de les enlever. Cette tâche quotidienne... grrrrr. "Réflexion faite me dirent-elles, tu as raison. Nous aussi." C'est ainsi que fut créé le club des miettes ;-)


MAJ lundi 6 juin, 2005

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