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pour retourner à l'accueil d'Ollières la maison hantée...


ou comment Ollières devient un jour de 1956
"par une grâce occulte, une sorte de capitale du Mystère"

 

Des articles parus dans la presse (1) en 1956 en relatent l'histoire.
Pour les lire, il faut aller sur le site des bibliothèques de Clermont Communauté mais je mets ici une retranscription faite à l'époque par ma mère (2) de l'article paru dans le journal "La Liberté" du 3 août 1956 et écrit par J.S. sous le titre " l'esprit frappe où il veut à Saint-Martin-d'Ollières (P.-de-D.) - où une maison 'hantée' attire tous les soirs une foule de curieux... ainsi que les gendarmes"
Vous noterez le langage un peu désuet mais très littéraire.
A signaler que la maison ne se trouve pas sur la place de l'église mais sur la place de la mairie (le lecteur rectifiera de lui-même comme me l'a dit sans mollir un journaliste auprès duquel je râlais à propos de fautes relevées, dans un tout autre contexte).

L'esprit frappe où il veut à Saint-Martin-d'Ollières où une maison hantée attire tous les soirs une foule de curieux... ainsi que les gendarmes.

Charmante bourgade s'étalant nonchalamment sur une croupe parsemée de boqueteaux de pins odorants, loin des routes à collisions spectaculaires comme des remous de la politique, Saint-Martin-d'Ollières avait le privilège de plus en plus rare d'être un village sans histoire.

"Pour vivre heureux vivons caché" est plus vrai que jamais à notre époque, surtout pour les agglomérations humaines. Bien que recherchée des villégiateurs épris de calme et de senteurs balsamiques, cette petite commune du canton de Jumeaux restait vraiment une oasis de repos dans un monde agité.

Il en fut ainsi du moins jusqu'au vendredi 27 juillet. Ce jour-là brusquement, Saint-Martin-d'Ollières est devenue une localité digne de figurer en tête de la rubrique des faits divers.

Quel évènement a motivé cette promotion qui n'est pas toujours enviable, du reste ? "L'esprit souffle où il veut" lit-on quelque part chez un bon auteur.
Le vendredi 27 juillet, alors que la nuit veait d'allumer les premières étoiles sur le vaste horizon, l'esprit souffla, ou plutôt frappa, car il s'agit d'un esprit frappeur, dans une vieille maison de la place de l'Eglise.

Et quelques coups ! A effrayer les voisins et même à interloquer les gendarmes. Seuls les occupants de la maison hantée - ou frappée - ne s'en émeuvent point.

Cette maison dont le propriétaire habite Sainte-Florine, d'aspect assez vétuste, ne semblait certes pas destinée à être le théatre de phénomènes sinon inexplicables tout au moins inexpliquées... pour le moment.

Elle était louée depuis six ans à une famille de la région comme tant d'autres émigrée à Paris. Et tous les étés Madame XXX une bonne grand'mère aux cheveux gris mais à l'oeil singulièrement vif vient y passer l'été avec ses petits-enfants : Josiane 9 ans et deux garçons de 7 et 6 ans. Madame XXX était installée depuis deux semaines environ etlle n'avait remarqué rien d'anormal.

Première audition.

Mais vendredi dernier, comme les enfants étaient déjà couchés, elle entendit au-dessus de sa tête des coups d'abord sourds puis plus nets et plus violents. Elle croit que ce sont les enfants qui se poursuivent et dit de ne pas faire tant de bruit.

"Mais, grand'mère, nous ne faisons pas de bruit, nous sommes couchés". Effectivement, Madame XXX s'assure que les enfants sont bien couchés et que les coups continuent, irrégulièrement espacés et capricieusement localisés : tantôt dans le grenier, tantôt dans le sous-sol, et semblent quelques fois provenir des sommiers des lits des enfants.

C'était le prologue de la comédie que joue depuis, tous les soirs, l'acteur invisible aux curieux de plus en plus nombreux venus l'entendre.

Car vous le pensez bien, l'aventure crépusculaire, survenue le vendredi dans la maison occupée par Madame XXX et ses petits enfants est dès le lendemain connue de tout le village.
Je ne vous étonnerai pas non plus en vous disant que le scepticisme est d'abord général, Madame XXX est déjà d'un certain âge et peut avoir des troubles auditifs...

Mais la nuit venue, il faut bien se rendre à l'évidence : les personnes groupées devant la maison entendent les coups du mystérieux metteur en scène.
Sur l'invitation de Madame XXX on entre, on cherche du côté où vient le bruit; rien.

Muet, mais pas sourd... cela devient sérieux. Des gens plus au courant des habitudes des esprits suggèrent de s'assurer qu'on a bien à faire à quelqu'un de ces fantasques visiteurs en employant la méthode bien connue des amateurs de tables tournantes : on pose une question à l'invisible et on lui demande de répondre par un, deux ou trois coups selon les cas.

On interpelle l'auteur du chahut au hasard : "viens-tu pour faire du mal ?" "veux-tu que nous sortions ?" Notons en passant que le tutoiement est de rigueur quand on s'adresse à un désincarné.
Et au grand ébahissement des spectateurs, l'esprit se plie aussitôt à la discipline arithmétique qui lui est proposée : un coup... deux coups et même jusqu'à six prouvent aux sceptiques que l'invisible, s'il ne peut parler sait fort bien compter et qu'il n'est pas sourd.

Ni aveugle : je peux ajouter qu'il a aussi démontré qu'il n'est pas aveugle.

En effet, la gendarmerie qui ne pouvait rester indifférente à une effervescence allant s'amplifiant, veut aussi assister à la représentation.
Mais chose curieuse, la présence des uniformes semble déplaire au frappeur.
Alors qu'avant l'entrée de la maréchaussée il jonglait avec sa grosse caisse, il garde un silence boudeur dès qu'elle est dans la maison.

Le plus fort - et ce qui démontre bien que l'esprit frappeur est doué d'une intelligence peu commune - c'est que la rigueur de sa bouderie est en proportion du nombre de galons du visiteur.
Ainsi l'on a remarqué que l'approche d'un simple gendarme atténuait à peine l'original concert de batterie ; par contre la présence du maréchal des logis-chef amenait de longs silences, mais quand survient un officier on n'a plus qu'un mutisme rageur.

La voix de son maître.

Pourtant, dans la journée de lundi m'a-t-on raconté, il s'est passé un fait qui est peut-être unique dans les annales pourtant étoffées des maisons hantées : on a enregistré pour la postérité la voix d'un frappeur.
Comme j'ai l'honneur de vous le dire. Vous n'avez pas lieu d'en douter puisque je tiens la chose de témoins tout ce qu'il y a de sérieux.

Lundi donc, les gendarmes ont reçu un renfort inattendu en la personne d'un jeune ecclésiastique de la région. Celui-ci qui s'intéressait beaucoup à l'affaire était porteur d'un magnétophone c'est-à-dire d'un appareil propre à enregistrer des sons sur disque.

Le prêtre s'offre à tenter l'expérience avec le chahuteur invisible. L'autorité militaire y consent. Alors, comme l'avaient fait déjà beaucoup de personnes, y compris M. le maire de St Martin, l'abbé interpelle l'invisible : "si je te gène, dis-le en frappant deux coups". Et aussitôt, à la stupeur générale, deux coups très nets répondent.
"Si tu préfères que je m'en aille, frappe six coups" continue le prêtre. Et six coups bien détachés lui donnent congé.

Le prêtre sort : un témoin m'a dit que lorsqu'il a refermé la porte, il a été salué d'une salve d'honneur de coups de grosse caisse, mais je ne saurais affirmer que ce détail est rigoureusement exact.

Voici les faits qui déconcertent plus qu'ils ne bouleversent non seulement les habitants et les villégiateurs de St Martin mais encore tous ceux qui venus d'Auzon, de Jumeaux, d'Issoire et d'ailleurs ont entendu le soir l'étrange récital.

Henri Pourrat s'est déplacé pour venir voir sur place cet étrange fait, susceptible peut-être de lui inspirer un texte.
Curieusement, je me souviens très bien de la barbe grise de l'écrivain qui avait impressionnée la petite fille que j'étais. "Tu vois le monsieur qui va vers la maison hantée ? eh bien c'est un grand écrivain régional. Il s'appelle Henri Pourrat" m'avait dit mon grand-père. Allez savoir ce qui fait que l'on se souvient de ce genre de choses lorsque l'on a neuf ans ?
En tout cas, toujours sur le site des Bibliothèques de la Communauté de Clermont on peut lire ce qu'il a écrit sur le sujet de cette maison.

Le bouche à oreille, les articles de presse amenèrent une foule innombrable chaque soir. La place, pourtant vaste, était noire de voitures et de gens. Un article est même paru dans la presse parisienne, "Le Parisien" (3) mais je n'ai pas encore pu trouver l'article, enquête en cours.

Voici comment H. Pourrat présente les lieux :

St Martin, par une route tournoyante, très déserte dans les bois de Chambrefaite, puis encore des tournants, le clocher rouge qui pointe (4) et le village, mi-neuf, mi vieux, assez égayé, désordonné. Sur la grande place un car bleu, sans roues qui achève de se rouiller, des jardins, des cours, la place nue, à moitié terre vague.
Plus loin : "Ce village singulier, désordonné, vieux, avec des installations neuves, genre scierie, et des maisons de parisiens, repeintes, refaites, avec stores, encadrements de briques.
La grande place verte terrain vague. Quatre ou cinq tilleuls platanes sans ordre, une borne fontaine abandonnée. Au bord de la route un bac de ciment et un gros robinet de cuivre. Et au milieu de l'herbe, tout rouillé, peinture bleue, crevé, délaissé, un autobus sans roues, dans l'herbe."
Puis la maison
"La maison, toute carrée, nue, persiennes de fer en bas, fenêtres sans volets au premier, vitres sales n'est habitée qu'aux vacances et a un air d'abandon. Le jardin à côté, derrière, plein de mauvaises herbes roussies. La devant, des brasses de bois, en longues files"
(...)
Cette maison (...) fait un peu maison du crime, austère jusqu'à paraître sinistre : les persiennes de fer rouillé du rez-de-chaussée, et au premier dans les encadrements de granit nu des vitres sales, derrière quoi pendent on ne sait quelles serpillères ...
"

Il se fait que je connais bien l'histoire puisque je passais mes vacances de petite parisienne dans une maison elle-même située place de la mairie de l'autre côte de la rue et que la petite fille concernée était une de mes compagnes de jeux. Moi qui était un peu fantasque, je trouvais parfois son imagination débordante. Je me souviens encore d'une histoire qu'elle m'avait racontée comme quoi une source avait jaillie entre notre garage et la maison voisine juste le temps où j'étais partie chercher quelque chose. Je n'arrivais pas à y adhérer malgré tous mes efforts pour lui faire plaisir et tous ses efforts pour m'assurer que c'était une histoire 'vraie'.

Sa grand-mère était une femme gentille mais dans ma tête d'enfant elle m'impressionnait car je trouvais qu'elle ressemblait à une sorcière avec sa maigreur, ses grosses lunettes et son chignon volumineux aux cheveux un peu fous. Et je crois qu'elle était un peu 'mise à l'écart' mais peut être était-ce dû à sa propre attitude. En tout cas, c'est ainsi que je la vois dans mon souvenir et lorsque je racontais des histoires de sorcières à mes enfants, c'était sa silhouette qui me venait à l'esprit.
Henri Pourrat dans son tapuscrit sur le sujet la décrit ainsi : "La vieille dame (...) pincée, maigre, l'air assez désagréable, des yeux pâles, les cheveux gris relevés, coiffure à la mode de 1900. Un haut col (...)"

En tout cas je peux vous assurer que les coups étaient tels que cela me réveillait et m'angoissait alors que ma chambre ne donnait pas sur la place mais sur l'arrière.

Pour ce qui concerne Josiane, nous ne parlions pas du fait lorsque nous étions entre nous. Je crois qu'elle appréciait de retrouver la 'normalité', mais ce n'est sans doute que ma vision d'adulte d'aujourd'hui...

Côté ragots, certains trouvaient bizarre que la grand-mère ne prenne pas ses jambes à son cou.
D'autres, parlaient d'un souterrain qui 'aurait existé autrefois' entre l'église de St Martin d'Ollières et le village de Soulages (où était l'ancienne église de la paroisse jusqu'à la fin du XVIIe (*)) tout de même situé à sept kilomètres ! et bien plus haut en altitude... sans expliquer en quoi le fait d'y frapper amenait le son jusque là.
Les 'bien informés' disaient que c'était Josiane qui était médium et réalisait les ordres de ... disons 'l'ordonnateur'.

L'un des articles explique que le maire de l'époque avait demandé en patois à 'l'esprit' de sonner l'Angélus... ce qui fut fait séance tenante. Ce qui laisserait à penser que ledit esprit s'il n'aimait pas les curés (il chasse celui de Chassignoles) avait tout de même une certaine culture religieuse ! Et que ledit esprit était également polyglotte ;-)
Je confirme le fait car Édouard Marseille (et non Marcel comme le dit le tapuscrit d'Henri Pourrat) le maire était le mari de ma marraine, nièce de ma grand-mère, et nous l'a dit lui-même.

D'ailleurs dans le texte d'Henri Pourrat, et avant d'en faire le portrait, il explique qu'il cherche le maire. Ce dernier était absent de chez lui, mais il y trouve sa belle-mère (ma grand-tante), mes grand-parents et mes parents.
Sur cette photo, on peut voir de gauche à droite Joséphine Sabatier, la belle-mère d'Édouard Marseille, sa soeur, ma grand-mère, le mari de cette dernière et ma mère leur belle-fille. La scène a dû se présenter ainsi aux yeux d'Henri Pourrat, mon père étant alors également présent : lorsqu'il parle du neveu, il s'agit de mon père.

La belle-mère assise devant la porte, avec des citadins (rajout manuscrit "Air (mot illisible), elle a la consigne et se donne de l'importance en la faisant respectée : c'est une affaire finie") "Mais, pour quelle affaire, monsieur ? d'un ton très raide. Je m'adresse au neveu, un Parisien, qui lui, aimablement, me conduit, se met en quête. Le tour dans le village. La maison hantée dont je ne sais jamais bien où elle est (...).
Nous finissons par trouver le maire à l'Économat, qui boit un verre. Il le vide et vient. Un homme sympathique, le père Marcel (en fait c'est Édouard), ancien boulanger, pas très âgé, figure mate, brune moustache grise épaisse, taillée, des yeux noirs intelligents et surtout malins. Un béret."

En tout cas, j'ai perdu ma petite camarade qui n'est jamais revenue et la maison est devenue 'la maison hantée'. Cette maison resta fermée pendant plus de deux décennies. Aujourd'hui tranquillement habitée et donc réanimée, elle perd peu à peu son titre de 'maison hantée'. Je ne suis même pas certaine que les jeunes du village en connaissent l'histoire.

Si vous, ami lecteur/amie lectrice, avez des choses à préciser ou si vous pouvez me donner d'autres références d'articles, je suis preneuse bien sûr !

1 - Voici les journaux concernés :
. La Montagne du 7 août 1956 "Le fantôme de SMO est-il parti en vacances ? - Depuis quelques jours __'l'esprit frappeur' a cessé ses espiègleries"
. La Liberté
__- 3 août 1956 par J.S. "L'esprit frappe où il veut à Saint-Martin-d'Ollières (P.-de-D.) - où une maison __- 'hantée' attire tous les soirs une foule de curieux... ainsi que les gendarmes",
__- 6 août 1956 par C. Forget "'L'esprit frappeur' redouble d'activité et attire la grande foule - mais le __- mystère reste entier"
__- 9 septembre 1956 par J.S. "Le mystère de la maison hantée de saint-Martin-d'Ollières n'est toujours __- pas éclairci - Des bruits l'ont encore ébranlée la nuit qui a suivi le départ des enfants" (retour)

2 - Elle n'avait malheureusement pas mis de référence, ce qui fait que j'ai eu bien du mal à retrouver le nom du journal et la date. (retour)

3 - Ce journal s'est appelé respectivement "Le petit parisien" jusqu'en 1944, puis "Le parisien libéré" jusqu'en 1955, enfin "Le parisien" (retour)

4 - Voici une vue d'Ollières en arrivant par la route de Chambrefaite prise par mes soins en 2003 (retour)

(*) des anciens racontent par ailleurs qu'un souterrain 'aurait' existé entre l'église de St Martin et le village de Soulages, ce qui paraît déjà un peu plus réaliste. (retour)


MAJ dimanche 1 février, 2015

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