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| "un pays où la misère poignarde, assassine et dévore les habitants" (1810) (2) |
Aux confins méridionaux du département du Puy-de-Dôme jouxtant le département de la Haute-Loire, Saint Martin-d'Ollières est situé à 750 mètres d'altitude au sud-ouest des monts du Livradois (3) dont elle est l'une des premières marches menant aux hauts plateaux de Saint-Germain-l'Herm et de la Chaise-Dieu.
Bien que terre moins froide et moins rude que les hauts plateaux qu'elle approche, son sol granitique, accidenté et peu favorable à la culture n'a guère permis à ses habitants de faire autre chose que de peiner pour survivre.
Le pays de Gaspard des Montagnes n'est pas loin : Saint-Germain-l'Herm n'est qu'à douze kilomètres, et Henri Pourrat est venu jusqu'à Saint-Martin-d'Ollières au moins une fois dans les années 1950 pour y voir de plus près une maison "hantée"... mais ceci est une autre histoire.
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A cette difficulté économique s'ajoute une autre difficulté : celle d'être "à la limite de" qui rend son histoire plus difficile à cerner.
D'une part parce que la vie de ses habitants s'est déroulée sans laisser de traces particulières, modestement, et que d'autre part dans un rayon de quinze kilomètres toutes les communes voisines auxquelles Saint Martin d'Ollières se trouve liée pour une raison ou pour une autre relèvent de situations géographiques très nettes.
En conséquence, toute son histoire est éparpillée chez les autres :
zone géographique |
communes voisines et en lien avec SMO |
motifs de rattachement |
le Brivadois (4) |
les seigneuries dont SMO relève font partie de cette zone |
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l'Ambertois |
même dépendance paroissiale : La Chaise Dieu |
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la plaine de l'Allier |
liens administratifs |
… Conclusion, St Martin d'Ollières n'est intégrée
dans aucune des deux premières classifications à laquelle elle a fortement appartenue, la troisième
a toujours été artificielle : les raisons administratives ne reflètant pas forcément une
réalité du terrain.
Une illustration d'une appartenance géographique écartelée, celle donnée à la
communauté de
communes à laquelle elle
appartient aujourd'hui : "bassin minier/montagne" (13).
SMO aurait tout aussi bien pu être rattachée à la communauté "Haut Livradois" à laquelle
sont rattachées ses communes
voisines ou proches, telles Ste-Catherine, Fayet-Ronaye, St-Germain-l'Herm ou Aix-La-Fayette.
La liaison bassin minier/montagne montre bien que l'on mélange des lieux dont les capacités et les besoins ne sont
pas les mêmes, du moins est-ce mon point de vue.
Et si la création du Parc du Livradois-Forez en intégrant une partie du Brivadois est une excellente chose, elle ne concerne que le présent.
Enfin si l'on se tourne vers l'Histoire et ses différents aspects, on comprend mieux ce "à la frontière de "
raisons religieuses où l'on retrouve entremêlées |
. la puissante abbaye de la Chaise-Dieu, celle de Sauxillanges |
raisons seigneuriales elles aussi très imbriquées |
. la puissante châtellenie de Montboissier |
raisons administratives |
car l'administration royale rassembla d'abord le tout dans la prévôté d'Auzon puis dans l'élection d'Issoire |
Bien que terre moins froide et moins rude que les hauts plateaux qu'elle approche, son sol granitique, accidenté et peu favorable à la culture n'a guère permis à ses habitants de faire autre chose que de peiner pour survivre . (14) / (15)
A la sombre forêt des premiers âges succéda l'installation organisée des hommes autour de la clairière (16).
Du néolithique aux celtes
Grâce aux recherches du Père Jean GRANGER qui prospecta Saint-Martin-d'Ollières et ses environs avec minutie et passion entre 1961 et 1966 et poursuivit ses études jusqu'à sa mort en 1983, nous savons que la zone qui nous intéresse est habitée bien avant les dénominations géographiques connues.
Il a dressé une liste d'une quinzaine d'objets préhistoriques en pierre trouvés par les habitants entre 1850 et 1960 : boules amulettes, pierre à foudre (17) (ou hache amulette), …
Certains de ces objets pourraient provenir d'une carrière de quartz (avec fibrolite ou églocite ?) des environs de Jourchanes, village de la commune de Chassignolles précise Roger RICHARD.
Il a également recensé des dolmens :
des marques intitulées "griffes du diable" sont placées sous la table (elles pourraient être dues à des coulées d'eau acide dit Roger Richard), et une rigole se trouve sur la table (précision que m'a donnée un olliérois) indiquant que des rites auraient pu se dérouler là ; |
Et rappelons les dolmens signalés et photographiés par M. OLLEON dans son livre sur St Germain l'Herm, qui nous apprend l'existence d'un collège formateur de druides à Issoire.
La christianisation et le "blanc manteau"
L'évangélisation se développa dans la région au cours des IIIe et IVe siècles, principalement dans les centres urbains jusque dans les années 350, puis essaima dans les campagnes, grâce notamment aux efforts de ces saints :
. Julien est décapité en 304 près de Brioude où ses reliques seront abritées dans un sanctuaire et généreront un pèlerinage important
. Alyre (ou Hilaire) (19) a la responsabilité de l'épiscopat de Clermont vers 372/386. Il en est le 4e évèque. Dans ce contexte il recevra vraisemblablement la visite de Martin de Tours.
. Germain, né en 378 et + en 445
. Martin de Tours né en 317 et + en 397 (voici la reproduction d'un vitrail de l'église de Tours) dont l'action fut relayée au cours du Ve siècle par "des moines (qui), attirant des groupes autour d'eux, constituaient des centres religieux en dehors des villes" (20)
Vitrail à Tours, représentant St Martin
Dans la zone géographique qui nous intéresse, rappellons que Saint Austremoine organise l'Eglise des Arvennes au IVe siècle et que la tombe de Julien devint lieu de pélerinage à peine après une cinquantaine d'années après sa mort (350-360). En 541, le concile de Clermont cite des églises existantes (30).
Longtemps les historiens locaux ont cru qu'Auzon eut son premier oratoire privé ou sa première église dès le Ve siècle (21), mais aujourd'hui il semble plus raisonnable de penser que c'est au Xe siècle que cette fondation eut lieu. L'église que nous voyons aujourd'hui date de la fin du XIIe siècle.
Au Xe siècle, St Jean-St Gervais a deux églises, l'une dédiée à Saint Gervais, l'autre à Saint Jean Baptiste ; mais à la fin du XIe siècle, une seule église subsiste (22 & 23). Toutefois le site était occupé dès l'époque mérovingienne par une forteresse (entre les Ve et VIIIe siècle) et Pierre Cubizolles précise qu'au VIe/VIIe siècle la basilique Saint Gervais et le baptistère Saint Jean Baptiste formaient avec la basilique de Brioude l'Eglise-mère de Pozols (à 3km d'Auzon)
Le passage d'un peupement disséminé à des noyaux villageois
Deux éléments amènent des groupes plus ou moins itinérants à se fixer de façon pérenne.
D'une part
la connaissance agricole qui se développe et permet de garder des terres fertiles au fil du temps.
D'autre part
la construction des églises romanes que les habitants se regroupent en noyaux villageois. Pourquoi ? parce
qu'à partir
de l'époque carolingienne (VIIIe-IXe siècles) la foi chrétienne qui se répand veut que
les morts soient commémorés
par la communauté chrétienne, alors que jusque là les inhumations se faisaient loin des habitations.
D'où un
rapprochement entre lieu de culte et sépultures qui donne naissance au cimetière paroissial. (23
bis)
Le rôle de Saint-Germain-l'Herm dans la création de Saint-Martin
Dans sa description de la Limagne, Grégoire de Tours au milieu du VIe siècle précise que "les montagnes des environs de Brioude étaient désertes ou incultes" (24)
Ainsi, à une époque où la région " était encore un 'désert forestier', l'abbaye de La Chaise-Dieu dédia à Saint Germain un nouveau prieuré, ceci presque dès sa création. La mention "l'herm" adjointe au nom de Saint Germain atteste bien de cet isolement : vesta erat heremus dit vers 1100 Hugues de Flavigny dans sa chronique".
Ce modeste prieuré (25) était également une seigneurie à laquelle les seigneurs de Chateauneuf du Drac reconnurent l'entière justice et qui donnait au prieur une censive en directe dans toute la paroisse et s'étendant jusque dans la paroisse de Sainte-Catherine (26)
A son tour sans doute, le prieur de St Germain l'Herm estima nécessaire de créer un nouveau prieuré, plus bas en altitude et plus proche de la plaine de l'Allier où peut-être des colons s'étaient déjà installés et se trouvaient loin de toute église.
Il l'installa en un endroit qui s'appellera Saint-Martin, à côté de Soulages (village né en conséquence ou déjà existant ?), lieu qui relèvera plus tard du Seigneur de NAVETTE à Chassignolles.
C'est ainsi que le prieur avait notamment une partie des dîmes de Saint-Martin où la
part était affermée à hauteur
de 46 setiers de grains en 1669 (27).
Il était également collateur de cette église jusqu'au moment de la création du nouvel évêché de Saint-Flour au XIVe auquel fut rattachée la paroisse de SMO.
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noms de famille que l'on retrouve parfois à SMO sans qu'il y ait forcément de liens (?).
L'église de Saint Martin
Lorsque les moines décidèrent la création de l'église construite à côté de Soulages, elle reçut le nom de SAINT MARTIN. Il s'agissait donc de la paroisse de Saint-Martin.
Saint Martin, évangélisateur de la Gaule, fut évêque de Tours au IVe siècle. En mémoire de lui, de nombreuses églises prirent son nom et le donnèrent aux paroisses ainsi formées. Afin de les différencier, le nom d'une particularité locale y fut ajouté.
Aujourd'hui encore, plus de 10 % des communes françaises ont pour début de nom "Saint" et Saint Martin est le saint
le plus attribué comme patronyme suivi de Saint Jean puis de Saint Pierre.
Le Père GRANGER cherchait à prouver que St Martin était bien passé par-là,
mais vers la fin de sa vie, il estimait que ce n’était pas possible de le prouver. Si l'on en croit une
carte vue sur une page dédiée à la toponymie "Saint Martin" (étude
réalisée par Jean-Mary
Couderc, maître de conférences à l'Université de Tours) seules trois communes du Puy-de-Dôme
portent ce nom. Outre SMO, il y a aussi Saint-Martin-des-Plains (canton de Sauxillanges) et Saint-Martin-des Olmes
(canton d'Ambert) qui sont donc assez proches de SMO. Mais elles sont isolées, hors d'un axe de passage possible.
Roger RICHARD donne une autre interprétation, intéressante : il ne s'agirait pas de "Saint" Martin mais de la "saigne " de Martin, ce qui paraît beaucoup plus réaliste.
Ce lieu géographique, qui correspond au bourg, devait être un endroit où la terre excellait pour la fabrique des poteries (29). N'y eut-il pas une briquetterie au Charial au XIXe siècle ? Peut-être sont-ce les habitants eux-mêmes qui nommèrent ce lieu en fonction de l'utilisation qu'ils en faisaient.
Peu importe que cet "Ollières" exista avant Saint Martin ou qu’il se peupla dans la mouvance de St Martin. En tout cas, ce hameau pris de l'importance, ainsi que les hameaux qui l'environnaient obligeant ainsi le curé à se déplacer sur une distance et des dénivelés importants.
Pourquoi "Saint-Martin-d'Ollières"
Ainsi, de Saint-Martin, le nom de la paroisse s'allongea et devint Saint Martin d'Ollières.
Saint-Martin est cité très régulièrement comme entité religieuse, mais ce n’est qu’en 1605 qu’apparaît le nom complet de Saint Martin d’Ollières pour la paroisse .
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Si le sujet vous intéresse vous pouvez retrouver la bibliographie sur laquelle je me suis appuyée.
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1. "espace de vie" : c’est Paul Hugon, rédacteur en chef du “Point Economique” (revue de l’INSEE) qui utilisa cette expression lors d’une conférence-débat en février 1991. Il définit cet espace comme le résultat des relations économiques, sociales et culturelles qui s’y tissent. (retour au texte)
2. C'est en ces termes que Jean SEPTIER, alors curé de St Martin d’Ollières, écrit en 1810 à son évêque. (retour au texte)
3. "Le Livradois est un « petit pays » de l’ancienne Auvergne constitué par les Monts du Livradois et l’étroit bassin sédimentaire d’Ambert" (à la page 138 du livre "Mémoire sur l’état de la Généralité de Riom" dressé par l’Intendant LEFEVRE d’ORMESSON et commenté par Abel Poitrineau) (retour au texte)
4. Le Brivadois, explique Bruno PHALIP dans sa thèse sur "Le château et l’habitat seigneurial en Haute-Auvergne et Brivadois entre le XI et XVe siècle", correspond à l'arrondissement actuel de Brioude et aux parties les plus au sud de la Basse Auvergne. Ses frontières sont fixées au XIVe siècle dans deux procès-verbaux de délimitation des bailliages d'Auvergne et du Velay" (sa source : A. CHASSAING, "Spicilegium Brivatense" n° 101 p. 275 (1308) et p. 297 (1321), Paris 1886) (retour au texte)
5. Auzon, l'une des treize bonnes villes d'Auvergne et point de départ de la petite route montagnarde qui mène à St Martin d'Ollières. (retour au texte)
6. Chassignolles, dont les seigneurs sont aussi seigneurs d'une partie de Saint Martin d'Ollières. (retour au texte)
7. Valz-sous-Chateauneuf : St Martin d'Ollières fait également partie de la seigneurie de Valz. (retour au texte)
8. renvoi supprimé, remplacé par la page sur Saint-Hilaire
9. St Germain l'Herm : Si le curé de SMO est nommé par la cure de St Germain l'Herm, le curé de St Germain est nommé par l'Abbé de La Chaise Dieu. (retour au texte)
10. Issoire : St Martin d’Ollières relève de la généralité d’Issoire, puis plus tard après 1789 de Brassac et Jumeaux. (retour au texte)
11. Jumeaux, son chef lieu de canton aujourd'hui. (retour au texte)
12. Brassac dont elle dépendra administrativement sous la Révolution. (retour au texte)
13. les 10 communes rattachées à la communauté de commune "Bassin minier/montagne" sont : La-Chapelle-sur-Usson, Auzat-la-Combelle, Esteil, Champagnat-le-jeune, Vaz-sous-Chateaunef, Peslières, Jumeaux, Brassac-les-Mines, St-Jean-St-Gervais, St-Martin-d'Ollières. (retour au texte)
14. d'où la phrase écrite en 1810 par Jean SEPTIER, alors curé de St Martin d'Ollières à son évêque : c'est "un pays où la misère poignarde, assassine et dévore les habitants" (retour au texte)
15. Après un relatif épanouissement au milieu du XIXe siècle (990 habitants en 1861), la commune retourna lentement vers l'isolement en raison des difficultés économiques créés par la fermeture des mines du Val d'Allier puis par les licenciements dans les usines qui les remplacèrent. Elle n'a plus aujourd'hui que 169 habitants. (retour au texte)
16. dit ROUPNEL ----- intitulé du livre ??? ----- (retour au texte)
17. que l'on peut voir exposée au Musée archéologique du Centre hospitalier régional de Saint Jean Bonnefonds, dans la Loire, précise Roger RICHARD (retour au texte)
18. in Roger RICHARD, p. 15 (retour au texte)
19. à ne pas confondre avec St Hilaire de Poitiers (R. RICHARD, p. 21 - sa source : "Histoire ecclésiastique des Francs & autres œuvres de Grégoire de Tours" - Ed. F. Didot, Paris 1879, traduction de Henri BORDIER, 2e tome) (retour au texte)
20. in Roger RICHARD, p. 23 (sa source : tome 3 de l'"histoire ecclésiastique des Francs & autres œuvres" (retour au texte)
21. in Roger RICHARD, p. 23 (extrait de "l'Histoire
de l'Eglise du Christ",
par Daniel ROPS - Fayard/Grasset, Paris, 1965, tome 3)
De même, l'abbé Henri Virat.
(retour au texte)
22. brochure "Saint Jean-Saint Gervais" qui site la charte n° 688 (1095-1096) extraite du cartulaire de Sauxillanges (retour au texte)
23. dans un courrier pontifical du 7 décembre 1095, l'on apprend que l'église de St Gervais est acquise par les moines de Sauxillanges qui y installent un prieuré (retour au texte)
23bis. in Art Roman Massif Central, éd. Chamina 2004, coll. découverte du patirmoine, p. 39 (retour au texte)
24. in Roger RICHARD, p. 26 (citation extraite de "l'Histoire ecclésiastique des Francs & autres œuvres" 1e tome) (retour au texte)
25. modeste, car il n'entretenait qu'un prieur et deux moines précise Pierre Roger GAUSSIN (retour au texte)
26. in "Le canton de Saint-Germain-l'Herm, histoire et archéologie" p. 28 à 30 - article de Pierre Roger GAUSSIN, "dépendances casadéennes dans le canton de St Germain l'Herm (retour au texte)
27. M. GAUSSIN cite pour source les AD de Haute Loire série IH 72 (retour au texte)
28. Jean OLLEON (op. cité) cite vers 1600 Vital de Saint Paul
29. voir DAUZAT et ROSTAING : le latin "olla" signifie marmite ; avec le suffixe "aria", cela désigne une fabrique de poteries (ollieres/ollarias/aolla-arias) (retour au texte)
30. in "Auzon, ville royale fortifiée : une des treize bonnes villes d'Auvergne" par Pierre Cubizolles, éd. Créer, 2000, p. 94 & s. (retour au texte)
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