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le nez en l'air pour les chemins de la soie (Cévennes)

 

Les 'chemins de la soie' dans les Cévennes, voici un thème de balade que j'avais à l'esprit depuis longtemps.

En effet, l'activité de la soie dans les Cévennes est une longue tradition et a tenue une place importante dans sa vie économique, cela au long de plusieurs siècles. Au point qu'au milieu du XIXe siècle les Cévennes étaient avec le Piémont italien les deux premières régions productrices de soie au monde.
Sa production actuelle est l'une des toutes dernières à perdurer en Europe.

Les cévenols et les languedociens du Bas-Languedoc ont été capables de maîtriser le cycle de vie des vers à soie, la culture du mûrier - seule nourriture acceptée - et la transformation du fil brut en un fil industrialisé nécessaire notamment aux soyeux de Lyon.

Un musée très intéressant est à visiter à Saint Hippolyte du Fort (Gard), au nord de Montpellier, au sud-ouest d'Alès et au nord-ouest de Nîmes.
Il est le témoin de ce passé si actif et présente le travail de la soie sous ses aspects technique et culturel. Il permet un tour complet sur la question :

- histoire et techniques de l'élevage et des filatures
- présentation du travail du fil (moulinage, ourdissage, ... )
- machines d'usine pour la fabrication des étoffes (tissage & tricotage)

Quelques photos prisent lors de sa visite illustrent les lignes qui suivent. Si vous cliquez dessus, elles s'agrandiront.

 

Un vocabulaire spécifique

Avant d'en savoir plus, notons les mots caractéristiques, propres à ce sujet ==>

sériciculture
la culture de la soie
bancel / faïsse
terrain étroit aménagé sur des sols pentus pour y cultiver des mûriers.
bombyx
nom scientifique du ver à soie
magnan
nom cévenol donné au ver à soie
magnanerie
lieu de la maison où sont élevés les chenilles (dernier étage de la maison)
magnarelle
femme cévenole ayant en charge l'élevage des vers à soie
claie
longue planche de bois posée sur des tréteaux
mûrier
ou "arbre d'or" dont les feuilles nourrissent exclusivement les chenilles des vers à soie
cocon
après éclosion de l'oeuf, c'est l'enveloppe dans laquelle se développe la chenille
bruyère
arceau posé sur la claie auquel grimpe et se fixe la chenille
filature
activité qui permet de récupérer le fil de soie qui composait le cocon
moulinage
c'est l'étape qui suit la sériciculture, celle qui va finaliser le fil de soie pour lui donner le calibrage voulu.
tissage
l'opération qui consiste à utiliser les fils pour créer un tissu
pébrine
maladie qui se développa au début du XIXe et que Pasteur réussit en partie à enrayer

Minimum à savoir

Le papillon femelle est fécondé dès sa sortie du cocon et meurt après avoir pondu ~500 oeufs.

photo d'un papillon

La période d'incubation de ces oeufs est d'une quinzaine de jours. Pour que l'éclosion des larves puisse avoir lieu (il y faut une certaine chaleur), les magnarelles mettaient un petit sac entre leurs seins.
Lorsque l'embryon sort, il est devenu une chenille poilue, noire, d'une longueur d'un millimètre de longueur. Cette chenille mangera environ 1.300 kilos de feuilles de mûriers apportées 3 ou 4 fois par jour : son repas est permanent. ...Vous imaginez le travail que cela représente !

Elle fera quatre mues dont la durée varie de 24 à 36 heures, permettant aux magnarelles de souffler un peu car alors elle ne mange pas.
A la dernière mue, la fixation d'arceaux sur les claies permet au ver d'y grimper et de s'y fixer en tissant une sorte de toile puis elle secrète en permanence pendant 48 heures le long et unique fil de son cocon.

photo d'une claie
cliquez pour voir les cocons de plus près

Arrive alors l'étape du décoconnage pour les cocons qui ne sont pas destinés à la reproduction. Il s'agit de récupérer le fil de chaque cocon, ce qui représente 800 à 1.200 mètres chacun.
Les cocons sont plongés dans des bassines d'eau bouillante. Ils sont nettoyés. Il faut alors trouver le point de départ du fil.

Commence alors le filage du fil par une fileuse dont la tâche consiste à réunir plusieurs fils de soie pour lui donner un calibre suffisant.   

Les fils quittent alors les Cévennes pour aller en Ardèche, région voisine où s'effectue le moulinage.  Il s'agit de consolider le fil et à le traiter de différentes façons.
Voici les opérations (source)

- le trempage de la soie dans un liquide légèrement huileux pour l'assouplir.
- le dévidage qui consiste à enrouler le fil d'une flotte placée sur une tavelle (sorte de roue légère en bois) sur une bobine horizontale appelée roquet.
- Le doublage qui consiste à assembler les fils de deux roquets différents sur une même bobine.
- Le moulinage qui imprime à un ou plusieurs fils un certain nombre de torsions par mètre pour consolider le fil et permettre la fabrication ultérieure de différents types de tissus.

Il fallait pour cela la force motrice de l'eau, ce qui explique que les moulinages étaient installées au fond de vallées où se trouvaient les usines
Les salles où se déroulaient les opérations devaient réunir les conditions atmosphériques nécessaires au travail du fil : une température de 25° et 85% d'humidité.

Une fois les fils prêts ils étaient envoyés aux soyeux de Lyon ou d'ailleurs dans le monde.

La soie et les Cévènes

L'histoire de la soie commence en Chine bien sûr, comme chacun sait. Sautons les millénaires pour en arriver à l'époque où des mûriers furent apportés dans les Cévennes : celle qui se situe entre l'époque où les Romains colonisèrent ce qui devint la Narbonnaise et le VIe siècle (selon des sources divergentes), bien après les oliviers et le châtaigniers.
Leur culture débuta au XIIIe siècle, sans chipoter pour savoir s'il s'agit du début, du milieu ou de la fin du siècle ;-) sachant que le premier "tireur de fil à soie" est signalé en tant que tel et avec cette dénomination à Anduze à la fin du XIIIe.
Deux siècles plus tard, au XVIe siècle, la chose commence à devenir sérieuse grâce aux efforts de trois personnages importants.

François Traucat
pépiniériste qui développe la culture du mûrier
Olivier de Serres
auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet
Nicolas de Lamoignon de Basville
intendant du roi Louis XIV en charge du Languedoc qui fit planter des mûrier les longs des chemins

Mais c'est au début du XVIIIe siècle, avec les grandes gelées de 1709 qui détruirent beaucoup d'oliviers et de châtaigniers, que l'activité de la soie se développa à titre de substitution.

C'est ainsi que les Cévennes devinrent la première région du royaume pour la production de la soie. En 1913 il y avait encore 90.000 sériciculteurs (mais plus que 22.000 en 1930, et une poignée en 2005)
En Ardèche en 1909, 13 000 ouvriers se répartissent dans 590 moulinages soit une moyenne de 22 ouvriers.

Si vous voulez en savoir plus sur l'histoire de la soie, l'encyclopédie Wikipedia a une page intéressante sur le sujet.

photo du battage de la soie en Chine au XIIe
« Battage » de la Soie (Chine, XIIe siècle)
source : Wikipédia
cliquez sur la photo pour l'agrandir
(ceci n'est qu'une partie d'une peinture : voir ce site chinois pour le voir en entier)

Je vous propose de lire "Soie" d'Alessandro Baricco que vous trouverez aux éd. Folio. Un très beau texte sur un acheteur d'oeufs de vers à soie qui se rendit quatre fois au Japon vers 1860.
Vous me direz ce que vous en pensez sur le blog ?


1 - "chemins de la soie"
Cet intitulé est né de l'initiative d'un groupe d'historiens et d'ethnologues, de conservateurs de musées, gestionnaires du patrimoine, animateurs culturels, mais aussi agriculteurs et industriels participant à un programme de relance du travail de la soie.
Fondée en 1988, "l'Association des Chemins de la Soie" a pour but de mettre en valeur le patrimoine séricole cévenole

2 - source
Brigitte Jeune, dans Cévennes Magazine (date ?). Trouvé sur le site : euh... j'ai perdu l'adresse du site :-(( J'ai donc contacté la revue mais n'ai pas eu de réponse.

3 - Saint Hippolyte du Fort
Village dont on sent qu'il a connu un développement plus important. Outre l'activité économique qu'avait développé le travail de la soie, il a accueilli pendant de longues années l'une des écoles préparatoires militaires (1886-1934) dont les élèves seront regroupés au sein du nouveau lycée militaire d'Aix-en-Provence. Elle sera remplacée dans ses locaux par un escadron de gendarmerie mobile jusqu'en 1974, puis transformées en HLM.
Pour en savoir plus sur les écoles préparatoires militaires, voir la page de Wikipédia

4 - Nicolas de Lamoignon de Basville
Il est l'auteur de "Mémoires pour servir à l'histoire du Languedoc" écrit en 1696/1697 avec des renseignements chiffrés intéressants.
Sur cet homme (1648-1724), une biographie a été écrite par le préfet Pierre Poujols en 1992, intitulée "Basville, roi solitaire du Languedoc" parue aux Presses du Languedoc, collection histoire.
Lire à ce sujet le texte d'une conférence d'Antoine de Falguerolles intitulée "Basville statisticien solitaire du Languedoc" sur le site de l'Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Montpellier dans le cadre des XXXIe journées statistiques de statistiques en mai 2004


MAJ lundi 21 juillet, 2008

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